Un manque terrible de lucidité

Un manque terrible de lucidité

17 juin 2019 0 Par François Salamone

Une identité communiste refondée et une stratégie de rassemblement politique et citoyen grand angle

L’intervention de François Salamone au Conseil national des 15 et 16 juin 2019

On est tous d’accord : nous avons mené une belle campagne. Ian a été un dynamique meneur de liste et un percutant porteur d’arguments. Heureusement, car nous aurions pu finir plus bas encore. Mais notre score est là. Depuis le 26 mai j’ai entendu et lu, venant de nos rangs, des choses qui me laissent pantois. Qui peuvent se résumer à ceci : ces européennes n’auraient été qu’un tour de chauffe. Notre effacement communiste durant trop d’années, compterait pour beaucoup dans notre mauvais résultat. Cette fois la marche était trop haute. La reconquête prendra du temps. Nous avons semé. Persévérons. Rendez-vous à la prochaine fois. Bref, une sorte de : ce n’est qu’un début…continuons comme ça. Les Insoumis aussi, après leur magistral plantage, pronostiquent, qu’à la longue, ça s’arrangera.

Il y a un manque terrible de lucidité : le choix de courir chacun dans son couloir identitaire n’est pas évoqué, alors qu’il a été un des éléments mortifère. Nous même, sur un possible rassemblement anti-libéral, n’avons été que très vaguement incantatoire, pas du tout un repère, ni une force d’entraînement ? Dans ces conditions, notre offre politique pouvait-elle produire un regain d’influence ? En particulier parmi ceux que nous visions : les salariés et les couches populaires. Manifestement non. Jamais nous n’avons aussi peu compté et pesé chez eux. Alors que les néo-fascistes s’y s’installent en horizon alternatif.

Mais nous avons gagné en visibilité, nous dit-on. Mais être plus vu, nous a-t-il rendu mieux vu et surtout plus crédible ? Évidemment non. Car pour ce faire, il aurait fallu, inséparablement, travailler, à la fois les contenus, les rassemblements et une cohérence durable de perspective. Et non chercher à réactiver une énième variante d’un schéma politique usé jusqu’à la corde. Ce choix est un anachronisme historique et une impasse politique.

Car les enjeux contemporains sont en totalité de nature éminemment anthropologique. Lucien Sève, disait des Verts, que leur opiniâtreté avait permis de rendre l’écologie incontournable dans le débat politique. « aujourd’hui tout le monde est écolo. Disait-il « mais qui se dit « anthropo » ajoutait-il ? C’est à ce niveau d’exigence que le combat communiste de notre temps devrait se hisser. Et qu’une identité refondée pourrait se construire. Mais elle doit se corréler à une stratégie de rassemblement politique et citoyen grand angle et permanent, pour espérer faire vivre une visée d’émancipation humaine et imprégner les consciences.

C’est à ça qu’il faut travailler. Le plus tôt sera le mieux.

Les municipales : le chantier de l’innovation démocratique

L’intervention de Silvia Capanema au Conseil national des 15 et 16 juin 2019

Je vais essayer d’être brève même si je voulais aborder plus de sujets. Je suis d’accord avec la fin de l’intervention de Julien Attal, quand il dit qu’il faut donner une priorité à Saint-Denis, voire à la Seine-Saint-Denis, pour son histoire, sa réalité actuelle, son caractère populaire et de terre de migrations, sa situation géographique, etc.

Mais, comme nous le disait Pierre Laurent lui-même, nous sommes en train de vivre un éclatement de la composition politique qu’on connaissait déjà avant et cela n’est pas encore fini. Tous les partis politiques tels qu’on les connaissait avant sont en train de se décomposer, c’est le cas aussi pour le nôtre. Il faut le savoir. La question, selon moi, ce n’est pas de faire exister une identité communiste ou d’imposer un PCF, nous sommes plus utiles en étant communistes partout où nous sommes : dans les mouvements sociaux, comme parents d’élèves, au sein des syndicats, dans les luttes sociales, aux côtés des gilets jaunes, dans les milieux professionnels…

C’est plus utile que de rester entre nous, pour porter le rassemblement qu’on souhaite et la recomposition de la gauche de transformation sociale. Nous avons posé la question de la VI République auparavant. Pour les municipales, dans le contexte actuel, posons-la à nouveau. Faisons des programmes avec de fortes propositions démocratiques, qui traitent aussi du renouvellement des institutions. Nous avons été novateurs en termes de démocratie locale autrefois. Soyons-le encore. Proposons des RIC locaux, de nouvelles façons de fonctionner, des assemblées citoyennes. Et ceci, dès le programme, avec déjà un fort renouvellement sur les listes et des élu-e-s dans les villes notamment où nous sommes au pouvoir depuis des années. Et faisons-le vraiment. En Seine-Saint-Denis, je reste toutefois optimiste. Nous avons retrouvé en 2017, avec les présidentielles et même les législatives, le vote « communiste » d’avant, au sens large du terme. C’est le cas aussi pour certaines villes aux élections européennes, une population qui a voté beaucoup pour LFI et pour nous. Il faut voir les choses dans le sens inverse aussi, du bas vers le haut. Nous pouvons avoir des villes communistes, au sens large du terme, partout sur le territoire, à condition de vouloir regarder ce vote communiste qui change, et de savoir qu’il y a une attente populaire à laquelle il faut répondre.

D’autres priorités qui méritent d’être considérées, à mon avis, c’est l’école. Dans les quartiers populaires, on parle de lutter contre les discriminations. Or, il faut savoir qu’on lutte contre les discriminations en agissant pour l’égalité, pour l’égalité en fonction aussi des conditions de vie et des parcours de chacun. Je pense que nous faisons déjà beaucoup de choses pour l’éducation dans nos villes, mais il faut avoir l’audace de faire plus ou de faire différemment. Peut-être aussi revoir notre façon de fonctionner. Sommes-nous en phase avec les demandes de la société, des parents d’élèves ? Car ces attentes changent très vite. Je cite l’exemple de Gennevilliers, qui a mis en place des cours bilingues en CP pour toutes les écoles, en signant une convention avec les universités du territoire. Je ne dis pas que c’est précisément cela qu’il faut faire, mais réfléchissons avec ambition. Il faut faire le maximum pour l’école, vraiment le maximum. Je pense aux parents, aux mamans notamment, qui sont mobilisés à Saint-Denis, tous les jours depuis un mois, devant une école à proximité de chez moi. On tient une chaîne humaine pour sensibiliser sur la gravité de la situation du quartier, où la drogue est rentrée dans l’école, les dealers menacent les enseignants, le trafic à ciel ouvert perturbe tout le fonctionnement du quartier, menaçant aussi les établissements scolaires. Il faut également agir à notre échelle tout en menant le combat politique envers l’État.

Une autre priorité, et je terminerai là-dessus, sont les questions féministes ! Les questions féministes avec un biais local. Je salue la mise en place ici d’une garderie d’enfants. D’ailleurs, ma fille y est et je dois la récupérer bientôt. Cela fait suite à la revendication de beaucoup d’entre nous. Je pense que dans tous les espaces publics, tous les débats publics, nous devons avoir des garderies et des espaces pour enfants. C’est la condition pour que de nombreuses femmes participent à la vie citoyenne. Nous le savons. Dans nos villes, si nous créions un service de garderie plus souvent, nous pourrions développer une activité rémunérée en particulier pour les jeunes, qui en ont tant besoin. Former des jeunes pour la garde des enfants, créer plus d’offres, mettre en place aussi une autre dynamique de circuits courts. Je pense que c’est indispensable. Nous devons sur ces sujets et d’autres – démocratie pour une nouvelle république ; réinvestissement de l’école et de la jeunesse ; projet féministe avec des actions concrètes qui favorisent de nouveaux circuits – produire des projets ambitieux à l’échelle locale.

Le besoin d’une méthode nationale pour les municipales

L’intervention d’Hadrien Bortot au Conseil national des 15 et 16 juin 2019

Tu dis Pierre dans ton rapport qu’il faut stopper la vague libérale qui serait incarnée par LREM. Soyons clairs, la vague libérale elle passe aussi par des villes qui se disent de gauche ou l’on assiste à la privatisation de l’espace public et des biens communs alors même que l’on participe aux exécutifs. Il faut que l’on règle cette contradiction et je crois qu’il y a la une ligne rouge. Nous devons porter une vision de la ville « deprivatisée », des espaces publics qui ne soient plus livré au marché (vous avez vu autour de colonel Fabien ces trottinettes qui pullulent sur les trottoirs), des biens communs gérés collectivement.

Ensuite sur la question de la participation citoyenne. Il nous faut un cadre national. Une méthode nationale pour échapper à l’image qui nous a collé à la peau des alliances à géométrie variable. Cette place des citoyens il faut que nous l affirmions et que l’on fixe le curseur est-ce que c’est simplement pour écrire un programme ou est-ce qu’on va plus loin et qu’on permet aux citoyens de participer démocratiquement à la constitution des listes. C’est notre rôle de direction nationale que de sortir du flou et d’œuvrer tout à la fois à l’irruption citoyenne et à la reconstruction de la gauche.