Interventions et explications de vote au conseil national des 2 et 3 juin 2018

3 juin 2018 0 Par Printemps du communisme

Les interventions au conseil national des 2 et 3 juin de camarades qui ont signé la déclaration « Réinventer le communisme ou disparaître, c’est maintenant« 

Intervention de Frédérick Genevée

Le texte qui est proposé pour être notre base commune est décevant, pas au niveau de ce que devrait être un congrès extraordinaire.

Il a trois défaut majeurs :

  • il ne dit rien des raisons de nos difficultés et de ce qui a conduit à la convocation d’un congrès extraordinaire
  • et en toute logique, il propose de continuer sans engager de véritables ruptures avec ce que nous faisons depuis quelques années. Si le congrès devait sortir avec un texte de ce type, nous pourrions une nouvelle fois affirmer qu’il n’y a rien de neuf du côté du PCF.
  • et de ce fait, il n’est pas opérationnel

L’idée sous-jacente est qu’il suffirait de volonté, d’esprit d’offensive, d’organisation, d’une meilleure communication pour résoudre notre crise, qu’à trop insister sur cette crise reviendrait à ne pas avoir un texte propulsif, je pense exactement l’inverse. Et faisons très attention à ne pas utiliser les exemples historiques comme le fait le rapport pour justifier le volontarisme en politique.

Après des premières thèses sur le capitalisme qui est notre bien commun, le reste du texte ne convient pas.

Nos difficultés sont renvoyées à la mauvaise volonté de nos partenaires, au fait que le Front de Gauche s’est résumé à un seul front alors qu’il aurait fallu plusieurs fronts, pourtant combien de fois n’avons nous pas ressassé cette formule des fronts au pluriel, formule qui nous a permis de justifier les alliances à géométrie variable et le maintien de la recherche prioritaire des alliances d’union de la gauche, en nous perdant par exemple dans le processus des primaires.

Rien sur la crise profonde des partis communistes dans le monde, serions nous les seuls incapables sur cette planète ? Approfondir cette question nous éviterait les débats lunaires sur l’effacement, l’invisibilité…

La dernière version du texte se demande enfin si nous n’avons pas sous-estimé la crise de la social-démocratie. J’en avais fait le coeur de mon intervention au congrès et on m’a parlé contradictions et dialectique et bien la dialectique nous est revenue en pleine figure.

Pourquoi cette sous-estimation qui à mon sens est une des causes de la rupture du Front de gauche ? Voilà une question centrale dont nous devrions débattre.

En matière stratégique on nous propose de fait de poursuivre, de continuer et laisser la future direction faire ce qu’elle veut au gré des événements, c’est le coeur je crains de ce texte. Dans le texte, il y en a pour tout le monde d’un côté construire des fronts d’unité populaire, de l’autre construire un front social politique et social, et timidement un forum permanent. Il va falloir choisir entre ces options.

Enfin sur le fond, le communisme est peu abordé même le paradigme des communs qui à un moment était au centre de toutes les interventions est réduit à une demi-phrase, sur l’écologie nous en parlons mais quelle timidité et toujours rien sur la sortie progressive et maîtrisée du nucléaire, sur la lutte contre le racisme nous n’arrivons pas à articuler la lutte des classes aux autres dominations, d’ailleurs nous nous posons même pas le problème et le texte est tellement en deça du dernier article de Pierre.

Notre conception de la Révolution est totalement inaboutie entre prise de pouvoirs d’état et prise des pouvoirs alors que nous aurions pu travailler à partir de la notion d’évolution révolutionnaire, la manière d’imaginer les ruptures et le dépassement du capitalisme, les moments de ce processus et de l’articulation entre réformes d’amélioration de la vie et réformes d’alternative.

Sur la stratégie, nous nous proposons de continuer, faisant des alliances une question seconde et permettant cette géométrie variable alors que tout appelle à un front commun dans l’action et à la perspective de la construction à égalité avec d’autres d’une force politique commune. La réussite du 26 mai et la mobilisation des communistes montre que c’est possible. Quand, nous sommes utiles sur cette démarche, cela se voit immédiatement, et la question de la France Insoumise commence à se résoudre par le haut.

Enfin sur le parti, alors que nous devions nous révolutionner, on propose des améliorations à travailler, mais depuis combien de congrès entend-on cela ?

Depuis un an, je me suis inscrit de manière positive dans la préparation de ce congrès, j’ai beaucoup écrit, fait des propositions, des amendements, mais je considère aujourd’hui ce texte comme inamendable, ce sont des conceptions de fond globales qui s’opposent et ce n’est pas telle ou telle phrase ajoutée comme nous savons si bien faire qui permettra l’unité des communistes, il s’agit d’un désaccord d’ensemble, je souhaite que les communistes prennent la mesure de l’enjeu, qu’ils abordent ce congrès en pensant à tous ceux qui pourraient être partie prenante d’une refondation du communisme, à cette force communiste dont nous ne parlons plus, la bête immonde est de retour, soyons à la hauteur, c’est soit on change, soit on disparaît.

Robert Injey

Ce dimanche, pour la première fois, j’ai voté contre le projet de base commune proposé au Conseil National. La dernière fois, en 2016, j’avais voté pour, sans enthousiasme, mais avec une dernière once d’illusion. Là, après la séquence 2016-2017 et alors que nous sommes confrontés à des défis énormes pour notre peuple et le devenir d’une force communiste dans notre pays, le projet de base commune n’est pas au niveau des attentes et des enjeux.

Il y a beaucoup de sujets qui posent question dans le texte adopté, sur les dominations, le projet, ou bien encore les transformations du Parti (évoquées à chaque congrès comme une incantation). Deux autres questions me posent un problème particulier. Celui du bilan que nous portons sur la période écoulée, et la question stratégique.

Sur le bilan, l’autosatisfaction et le déni ne sont plus de mise. En politique le déni est mortifère. Je ne développe pas plus, en mars j’ai rédigé une contribution sur la question (http://www.robertinjey.com/2018/03/c-est-le-moment.de-sortir-des-non-dits.html ) ..

Sur la stratégie, une nouvelle fois, malgré une avalanche de qualificatifs et un grand nombre de circonvolutions, le projet adopté par le Conseil national occulte le vrai débat stratégique : « Se rassembler pourquoi faire et avec qui ? ». Conséquence, nous ouvrons une nouvelle fois la porte à la multiplication des stratégies à géométrie variable ce qui nous rend tout à la fois inaudibles et inopérants.

Aujourd’hui nous sommes à la croisée des chemins… Notre affaiblissement, le total très faible de l’ensemble de la gauche et le rouleau compresseur des contre réformes libérales peuvent plonger durablement notre pays dans la régression sociale. Plus que jamais il faut poursuivre les débats, mais il faut le faire en permettant aux communistes de choisir et de décider une orientation claire.

Avec d’autres camarades du Conseil National, après ce CN nous avons rédigé la déclaration ci-dessous.

Très fraternellement

Intervention de Sonia Masson

Tout va bien ! Ce texte est épatant. Y a plus qu’à. C’est bon on est prêts, le communisme est à l’ordre du jour, on ira bientôt sur mars, la paix c’est vachement mieux que la guerre. Dans cette liste de bonnes intentions, dont on sait ce qui en est pavé, à part décréter le bonheur obligatoire pour toutes et tous, je ne vois pas ce qu’il manque. Ah si peut être l’essentiel, à savoir, comment on fait.

Notre collectif militant s’effrite d’année en année, notre aura est en berne, nos moyens s’amenuisent, tout comme notre nombre d’élus locaux et nationaux, et avec les élections à venir ça ne va pas s’arranger. Mais sinon tout va bien, puisque le communisme est à l’ordre du jour, etc.

Ce qui me met le plus en colère, c’est qu’avec une telle proposition de base commune, c’est des communistes qu’on se moque. Car les communistes, eux, cherchent à comprendre, à analyser nos erreurs.

Ils n’en dorment pas la nuit, car ils sont bien placés pour savoir que notre parti n’est plus, et depuis longtemps, en prise avec le réel des travailleurs et des travailleuses, des chômeurs, des précaires, des retraités et étudiants, que nous ne sommes plus une référence pour nos concitoyens, que les masses ne s’emparent plus de nos idées. Ils sont conscients que le parti communiste ne peut se suffire à lui-même, et qu’il ne peut être pertinent que dans un dialogue avec la société.

Ce texte, avant même d’être soumis au vote des communistes est un texte de compromis. Il est déjà expurgé de toute radicalité. Ce texte ne propose rien de neuf sur l’écologie, le terme n’est présent que deux fois, comme s’il ne s’agissait pas là du défi majeur de notre temps. Rien sur nos ambitions en matière de gestion des biens communs, de l’eau, de l’énergie. Petite digression ; vous pouvez me dire comment expliquer aux gens dans la rue que le seul député communiste présent dans la nuit de lundi dernier ait voté contre l’interdiction du glyphosate ? Après c’est bien joli de crié « L’humain d’abord ! »

Ce texte ne dit rien sur l’antiracisme politique, il n’apporte aucune des réponses concrètes, qu’on est en droit d’attendre d’un parti communiste, à la question identitaire et religieuse, à la montée des extrêmes droites. Alors que la montée en puissance des fascismes, ressort presque comme le phénomène qui inquiète le plus nos concitoyens, ou du moins parmi eux, ceux qui sont le plus proches de notre sensibilité. Pas un mot sur l’islamophobie, sur l’antisémitisme, sur le racisme institutionnel qui frappe chaque jour nos concitoyens.

Ce texte n’entre pas dans le combat pour l’émancipation ou du moins, il n’y entre pas par le quotidien des dominés eux-mêmes. Ce texte ne dit rien des alternatives concrètes au modèle de production capitaliste, rien sur les scops, sur les modèles coopératifs, rien non plus sur l’évolution du rapport au travail qui gagne petit à petit des générations qui refusent d’être assignées au statut de salarié.e.s jetables, et sont en train de prendre conscience de leur extraordinaire valeur de producteur de richesse, au sens matériel comme immatériel.

Enfin, ce texte n’a rien de révolutionnaire car il ne dit rien de ces révolutions et de ces luttes qui nous dépassent. Rien sur les luttes écologistes, rien sur les luttes pour la dignité des quartiers populaires, rien sur les alternatives au capitalisme qui s’inventent hors de nous, et ont l’outrecuidance de ne pas nous attendre.

Le Parti Communiste doit et peut se renforcer et jouer de nouveau un rôle majeur dans notre histoire. Mais pour cela, il a besoin d’un projet authentiquement communiste Et il ne le trouvera, il ne sera pertinent, que s’il rompt avec ce genre de réflexions qui relèvent de l’autisme, le génie en moins. Certes, comme dit le proverbe tsigane : « Quand le temps est venu de moissonner, il est trop tard pour semer. » Mais tout de même il n’est pas trop tard pour nous ouvrir aux forces d’émancipation qui traversent la société, qui font que des individus se lèvent partout pour refuser le capitalisme, ne prêchons plus dans le désert de quelques convaincus, faisons cet effort nécessaire d’aller au-delà de notre petit confort militant. Car ni l’aiguille, ni le fil ne savent coudre seuls.

Intervention d’Anna Meyroune

J’imagine déjà la déception et la désillusion des communistes à la lecture d’un texte qui est pourtant censé réinventer le parti communiste du XXIème siècle mais qui n’est pas à la hauteur des enjeux de notre temps et des réalités qui traversent les classes populaires.

Les premières thèses du texte ciblent uniquement l’exploitation capitaliste dans les champs que nous avons l’habitude de traiter. C’est nécessaire, mais nous devrions parler dès le préambule de la domination au sens global du terme, dans toute sa complexité, toutes ses dimensions (domination patriarcale, racisme, exploitation dans le travail et dans le rapport de production, guerres, destruction de l’environnement, etc.).

De plus, ce texte parle trop peu de notre vision du communisme aujourd’hui à l’aune des réalités sociales vécues par les classes populaires et dominées. Il manque un souffle émancipateur.

Je me concentre sur la question de l’antiracisme et de son ancrage au cœur du combat communiste car c’est un manque significatif du texte.

La thèse n°10 ne considère le racisme que comme une idéologie à combattre, et non pas comme un rapport social de domination à éradiquer. Pourtant, depuis le dernier congrès, cette question a été maintes fois soulevée dans notre organisation : comme en témoigne le travail de la commission Lutte contre le racisme, et la tribune de Pierre Laurent dans l’Huma en mars dernier.

Le développement des organisations, associations et collectifs antiracistes « auto-organisés » montrent que ceux-ci ne se reconnaissent pas dans la manière dont le racisme est appréhendé dans les organisations traditionnelles et y compris dans notre parti.

Malheureusement, en survolant la question et en ne s’appuyant que trop peu sur l’analyse des principaux intéressés, ce texte montre une sous-estimation du vécu profond de ceux qui font l’expérience du racisme.

Il est urgent d’actualiser nos analyses et d’adopter un positionnement clair en rendant complémentaire les approches idéologiques et structurelles du combat antiraciste plutôt que de faire un pas en avant, avec la tribune de P. Laurent, et reculer ensuite dans un texte aussi important que celui de notre congrès extraordinaire.

Comme nous le disait Pierre Laurent, le racisme est institutionnel, dans le sens où il est produit et reproduit par et au sein des institutions. Cela ne veut pas dire qu’il est forcément affiché comme tel dans la loi. Mais quand les plus hauts représentants de l’Etat prétendent qu’il y a un problème avec les musulmans en France, que les rroms ont vocation à rentrer en Roumanie, ou que certaines régions sont en train de se déconstruire parce que submergées par le flux des demandeurs d’asile, comment qualifier le racisme autrement qu’ « institutionnel » puisque ces discours politiques produisent des effets dévastateurs dans le traitement des musulmans, des rroms et des migrants.

De plus, le racisme prend des formes différentes, il y a des racismes et il ne faut pas les hiérarchiser. La tribune des 300 contre un soi-disant nouvel antisémitisme, qui est une tribune en réalité tout simplement islamophobe, montre que cette concurrence victimaire est instrumentalisée par la pensée dominante.

Le racisme est donc un instrument de la domination de classe et les rapports sociaux racistes traversent les classes sociales. C’est pourquoi l’antiracisme ne doit pas être uniquement une thématique, c’est une dimension structurante de notre combat émancipateur comme les luttes écologistes, féministes, contre l’exploitation capitaliste…

Chacune de ces luttes combattent la domination capitaliste, le pouvoir de la classe dominante et son idéologie, l’exploitation, l’oppression et la concurrence entre les individus. Elles visent une société d’émancipation, de libération des dominations, de partage et de solidarité. N’est-ce pas cela le communisme ? Parce qu’elles sont imbriquées, si nous combattons les dominations de manière séparée, nous n’arriverons à en éradiquer ni les unes ni les autres.

Il est grand temps de s’interroger sur les raisons pour lesquelles l’ensemble des dominés et des gens en lutte, ne se reconnaissent pas dans notre organisation : je pense à des racisés, à des LGBT, à des écologistes, des zaddistes, etc.

L’émancipation est un processus de libération qui vient des dominés eux-mêmes et qui se met en branle à partir du vécu concret de l’oppression sur les individus. Elle sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, nous disait Marx ; la condition de l’émancipation est donc le développement du pouvoir d’agir des dominés. La résistance à l’oppression et la conquête de pouvoirs nouveaux est existentielle pour les dominés, comme nous le montrent l’omniprésence de la dignité dans les revendications et les formes d’action des dominés.

Sur plusieurs sujets, nous avons raté le coche car nous n’avons pas assez tendu l’oreille ou ouvert notre organisation pour laisser la place à l’émergence et au développement du pouvoir révolutionnaire des dominés. L’émancipation ne peut pas être mise « sous tutelle ». Nous avons besoin de nous appuyer et de construire à partir des pratiques de celles et ceux qui luttent pour ouvrir, avec d’autres, les voies de l’émancipation.

Je ne retrouve pas ce souffle dans le texte. Il faudrait le réécrire entièrement.

Intervention de Frank Mouly

Dire que j’ai été déçu à la lecture du projet de base de discussion est très en dessous de la vérité. En réalité, je suis stupéfait et en colère.

Franchement, on est loin de la réinvention, selon les termes de Pierre Laurent il y a un an. Rien qui nous sorte de l’ordinaire de nos congrès, et d’ailleurs le texte le laisse échapper en affirmant : « Changeons de cap, l’humain d’abord » ! Peut-on m’expliquer ce qu’on dit de neuf sur l’écologie, sur le travail, ou encore sur la finance et le capitalisme sinon qu’il faut un nucléaire 100 % public, la sécurité-emploi formation et des crédits bonifiés pour les entreprises avec une BCE réorientée ? C’est donc le menu habituel. Sur la stratégie, c’est pire, on abandonne tout projet de construction politique à gauche, retour aux années 80 et au nouveau rassemblement populaire majoritaire, derrière un PCF pourtant plus affaibli que jamais. Et sur le parti, où se trouve le nouveau ? Mieux communiquer, former les militants et utiliser plus massivement Internet, c’est le b.a-BA. Bref, c’est la technique de la tortue, ou plutôt de l’autruche.

Évidemment, le texte s’efforce de témoigner d’un certain volontarisme, comme le rapport de Guillaume Roubaud-Quachié, mais ce volontarisme est fondé sur du sable puisqu’il n’est assorti d’aucune analyse des causes de l’affaiblissement extrême que le communisme et notre parti connaissent. La confiance en soi est indispensable mais désarmée sans lucidité. Se contenter d’affirmer la dangerosité du capitalisme et l’actualité du communisme n’est d’aucun secours pour examiner ce qui concoure si puissamment à différer son émergence, ce qui nous rend inaudible.

Quelques exemples. Le texte nous aide-t-il à comprendre pourquoi, dans maints domaines, nous sommes perçus pour ce que nous ne pensons pas ou plus être ? Pourquoi le communisme est-il perçu toujours comme un « étatisme », comme un « égalitarisme », comme une idée ardente mais comminatoire, comme un logiciel aride plutôt qu’un chemin d’humanités ? Pourquoi, alors que notre histoire même témoigne d’un engagement fort sur ce sujet, ne parvenons-nous pas à devenir, notamment pour une grande partie de la jeunesse, l’outil politique de lutte contre le racisme post-colonial ? Pourquoi, si on nous concèdera par exemple l’intention louable de vouloir partager la richesse, en aucun cas nous n’apparaissons comme porteurs d’un modèle capable de la produire… Et dans combien d’autres domaines est-il urgent de constater et d’affronter cette illisibilité ? Car dès lors que nous saurons lucidement observer que nous sommes toujours rangés dans des cases qui ne nous conviennent pas, « Productiviste » pour donner un autre exemple, nous examinerons alors à quelles conditions nous pourrons devenir ce que nous prétendons être désormais  : « écologistes » en l’occurrence.

Franchement, sur ces questions et bien d’autres, je ne vois pas en quoi ce texte peut être utile, notamment aux militants communistes, pour faire vivre de manière visible dans la société, une conception communiste dans les conditions de notre siècle ? Je ne vois pas comment il peut nous aider à conjurer l’indifférence de notre peuple et tout particulièrement des classes populaires pour notre parti ? Et finalement comment ce congrès pourrait être une forme d’électrochoc, un signe fort envoyé à la société témoignant qu’il se passe quelque chose au PCF ?

En matière de stratégie, ce que le texte théorise sous le terme de «  configurations évolutives et multiformes » est en réalité engagé depuis 2012, avec des résultats désastreux en terme de lisibilité comme de résultats électoraux. La confusion de la situation politique actuelle est réelle, et le texte l’entretien en mettant par exemple presque sur un même pied LREM et la FI ou en moquant à bon compte le passé social-démocrate de Mélenchon plutôt que s’intéressant aux contradictions au sein de la FI entre ligne populisme et ligne de gauche,… Cette confusion est utilisée pour légitimer une stratégie à la carte qui nous ramènerait des années en arrière et accréditerait la thèse du choix de la combinazione. Nous n’avons pas besoin d’un repli sur nous-mêmes et d’alliances calculées, nous avons besoin « d’une organisation communiste à la fois entièrement indépendante et n’excluant aucune forme de coopération poussée », pour reprendre l’expression de Lucien Sève. Ce que j’appelle avec d’autres, une force commune dont le Parti communiste peut être le plus énergique et créatif moteur. Ainsi, pour les européennes, plutôt que d’exprimer vaguement notre disponibilité « à de nouvelles jonctions », ce qui revient à se résigner aux divisions qui se profilent, notre texte devrait s’engager fortement et prendre l’initiative de proposer la constitution à l’échelle européenne, de listes communes à toutes les forces antilibérales qui veulent changer les traités !

A tort ou à raison, beaucoup de communistes considèrent ce congrès comme celui de la dernière chance. Le paysage politique se trouve bouleversé par des forces qui traversent profondément la société et qui peuvent nous emporter ou nous confier un rôle de témoin du passé. C’est bien à cette croisée des chemins que nous nous situons : nous réinventer pour que le communisme joue pleinement son rôle ou disparaître.

A ce stade, je ne vois pas d’autre solution qu’une réécriture du texte, les fenêtres pouvant convenir pour traiter de sujets qui n’engagent pas l’orientation et la cohérence globale, le coeur d’un projet de réinvention. En prenant cette décision maintenant, nous nous épargnerons peut-être la déconvenue de 2016 qui avait vu notre congrès se saisir d’un texte différent de celui sur lequel les communistes avaient travaillé et s’étaient prononcés. Nous avons encore le temps de mener ce travail ensemble.