Brésil : après les manifestations progressistes de 2013…

Brésil : après les manifestations progressistes de 2013…

26 janvier 2019 Non Par Silvia Capanema

Intervention Silvia Capanema – CN du samedi 26/01, Première partie

Silvia Capanema

Je me permets d’intervenir globalement au sujet du Brésil, suite à l’intervention d’une camarade sur le Venezuela, mais tout en gardant le lien avec le contexte général que nous vivons et dont il était question dans cette matinée.

Je voudrais attirer votre attention sur le fait que ce qui se passe au Brésil actuellement c’est une aberration profonde qui doit nous interpeller. Tout d’abord car l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir – Bolsonaro, comme vous le savez – a été faite suite à une « alliance » entre le grand capital, la bourgeoisie (les ultra-néolibéraux, investisseurs et grands propriétaires de l’agrobusiness) et les conservateurs (ultra-conservateurs, les évangéliques, bellicistes, militaristes, d’où une partie du soutien populaire). Et cette « alliance » voit le jour dans un pays historiquement endommagé par sa position périphérique dans le capitalisme, même s’il s’agit d’une puissance régionale.

Aujourd’hui, c’est la démocratie – comme contre-pouvoirs, libertés et moyen d’accéder à l’égalité – qui est extrêmement menacée. Les forces de progrès social sont menacées, tout comme l’ensemble de la gauche, les militant.e.s, associations, minorités, indigènes, population LGBT, afro-descendants, femmes…

Nous – plusieurs associations et collectifs qui travaillent sur la culture brésilienne en France et en Europe – avons lancé cette alerte ici, avec le soutien du PCF, notamment de Laurent Pérea, Laurence Cohen et Fabien Cohen, qui ont aussi dénoncé l’emprisonnement dans un cadre totalement illégitime du président Lula. Il faut continuer. Il faut faire plus et j’attire l’attention de l’ensemble des camarades sur le fait que nous allons devoir nous positionner, débattre, faire valoir la solidarité internationale et peut-être accueillir des intellectuel.le.s et militant.e.s brésiliens en France. C’est pour nous un sujet qui, pour toutes les régressions humaines et sociales, doit attirer notre attention, dans notre vocation internationaliste et de luttes anticapitalistes.

Hier encore, nous avons appris qu’une grande tragédie avait eu lieu, la rupture d’un barrage d’une grande compagnie d’extraction de fer et minerai, la « Vale do Rio Doce », avec des dizaines de victimes mortelles et des centaines des disparus à l’heure actuelle. Cette compagnie, première dans la production de fer et d’autres, a été privatisée dans les années 1990. Autant de sujets qui sont à l’ordre du jour de notre agenda de combat contre le capitalisme qui détruit les femmes et les hommes et la planète.

Mais aussi, le cas brésilien doit attirer notre attention comme une expérience à ne pas suivre. Je ne dis pas qu’on va faire pareil, les choses sont différentes. Mais il faut quand même savoir que de grandes manifestations ont eu lieu en 2013 partout au Brésil, avec au début des revendications diffuses mais progressistes (prix des transports, plus de services publics, combat à la corruption…). Ces manifestations appelées « journées de juin » ont vite été récupérées par la droite et l’extrême droite et ont conduit au coup d’état pour la destitution de Dilma Roussef et à l’arrivée de Jair Bolsonaro au pouvoir.

Encore une fois, je ne pense pas que ce sera le cas ici, je suis comme vous et la plupart des intervenants de ce matin, en soutien aux gilets jaunes et à leurs revendications. Je salue ma fédération, le 93, qui a décidé d’appeler à les soutenir et à participer aux manifestations et à occuper les ronds points. Nous devons prendre part à la grève du 05 février.

Je suis, comme mes camarades avec qui j’ai signé une Tribune dans l’Humanité et Regards la semaine dernière, de l’avis que rien ne doit être plus important que cette mobilisation aujourd’hui en France par leurs revendications et la composition sociale de leurs membres. En une idée, cette ample mobilisation dit que ce n’est pas aux classes populaires et moyennes, au peuple, de payer le déficit de la France ! Voilà donc bien un très important moment pour nous de poser le rassemblement pour les européennes et peut-être, à la différence de la gauche de transformation sociale brésilienne, ne pas lâcher ce mouvement, aller avec eux jusqu’au bout. Nous rassembler autour d’un véritable projet de progrès social qui est le seul moyen capable de vaincre l’extrême droite et la droite extrême aujourd’hui.