Et si les ronds-points étaient des espaces de mobilisation ?

Et si les ronds-points étaient des espaces de mobilisation ?

26 janvier 2019 0 Par Anna Meyroune

Intervention d’Anna Meyroune au conseil national du 26 janvier 2019

Avec les gilets jaunes, nous vivons un mouvement populaire fort que nous n’avons jamais connu depuis des décennies. Ceux qui y participent nous étaient, pour leur immense majorité, inconnus. Jamais vus dans les mobilisations sociales ou citoyennes. Pour l’essentiel, des gens en situation de précarité, avec des bas salaires, avec des conditions de travail et plus généralement des conditions de vie très difficiles, mais pas seulement. Ces gens que la gauche n’arrive pas, plus, à toucher mais qui composent pourtant la classe opprimée et exploitée dont nous sommes censés prendre le parti, ces gens se regroupent, se soulèvent et se révoltent indépendamment de nos organisations et de nos appels à se mobiliser. Et pourtant, le capital est dans leur ligne de mir et ils dénoncent l’accaparement des richesses par quelques uns qui exploitent les masses. C’est une conscience de classe en construction.

Le fait que ces individus se mobilisent dans les GJ et donc en dehors de nous, de la gauche et de ses mobilisations traditionnelles et qu’ils le fassent avec des formes nouvelles qui rompent avec nos habitudes militantes, doit nous interpeller et donc influer sur notre comportement.

Aujourd’hui souvent nous ne savons pas trop comment participer, comme en témoigne le faible nombre de communistes engagés régulièrement dans ces mobilisations. On constate un malaise de nos camarades devant ces nouvelles façons de se passer à l’action, devant ce rejet de la représentation et des « politiciens » (comme disent les GJ), des syndicats ; Nos militants ont du mal à trouver leur place. Difficile de remettre en question des décennies de traditions militantes. Oui ce n’est pas facile et c’est le résultat de dizaines d’années de déceptions pour lesquelles notre parti a sa part de responsabilité.

Il ne suffit pas de soutenir le mouvement ou d’être présent. La ligne de conduite devrait plutôt être : on enfile le gilet jaune et on cause.

Il est clair que si on y va avec nos gros sabots, nos drapeaux, nos badges et des tracts avec un papillon « adhérer au pcf », nous sommes rejetés.

Si on y participe activement avec humilité, sans vérité révélée, en contribuant, en y prenant part, autant avec l’intention d’apporter une pierre progressiste à l’édifice qu’avec l’intention d’apprendre de ce mouvement, on change de posture : on s’appuie sur le pouvoir d’agir des dominés eux-mêmes.

Pas question d’idéaliser le mouvement ! L’instrumentalisation et la manipulation sont une réalité et donc un réel danger. Les quartiers populaires sont peu représentés

Mais justement, ne faisons pas de démagogie, participons de l’intérieur en étant clairs et fidèles à nos valeurs et à nos aspirations à l’émancipation de toutes et tous, à la liberté, l’égalité et la justice sociale. Exprimons sans relâche la nécessité de faire converger les colères, les ras le bol, les luttes pour l’émancipation.

C’est le meilleur service qu’on puisse rendre au mouvement. Soyons intransigeants sur les migrations et la lutte antiraciste. D’ailleurs, l’état d’esprit évolue. A Auxerre par exemple, au début, il y avait un réel blocage sur la question des migrants et de leur accueil. Aujourd’hui, ce sujet est en débat dans le groupe de réflexion pour une plateforme revendicative.

Les ronds points sont des espaces d’expression, de débat citoyen, de politisation, des îlots de solidarité parfois.

On peut discuter, individuellement ou collectivement, de manière informelle ou structurée, sur les analyses de la société actuelle, qui sont les responsables, en quoi voulons nous changer le système, comment ne plus être réduits à une force de consommation, comment inclure les questions écologiques dans la société nouvelle à construire et non comme des sujets subsidiaires.

Est-ce que les ronds-points ne seraient pas des espaces d’éducation populaire et de politisation ? Où l’on discute de démocratie, de participation citoyenne, et où on en fait l’expérience.

Le débat sur le RIC et nos malaises par rapport à ce sujet montrent que nous avons besoin de repenser en profondeur nos analyses et notre projet en termes de participation citoyenne, de démocratie directe, pour ne pas rester dans la simple et creuse promotion de la citoyenneté active.

Est-ce que les ronds points ne seraient pas ou ne pourraient pas devenir des espaces de construction d’initiatives pour se libérer de l’aliénation ? Est-ce qu’on ne peut pas trouver un peu de communisme là dedans ?

Globalement, ne laissons pas la dynamique avancer sans nous. Apportons notre pierre pour bâtir ce « communisme à usage immédiat » dont parlait une tribune dans l’Huma d’hier.

Personne ne sait comment évoluera le mouvement. Faisons tout pour faire avancer les choses dans le bon sens.

Donc dans le projet de résolution, soyons plus audacieux sur la place et le rôle des communistes au sein du mouvement. Soyons à l’initiative pour faire converger les mobilisations à venir : marche pour le climat, 31 janvier, 5 février.