Revenir à la source ! « Une sortie progressive et maîtrisée du nucléaire « 

« Le nucléaire, une source d’énergie propre, sûre et économiquement abordable. », voilà les arguments des pro-nucléaires résumés en une phrase. Cependant, ils sont bien loin de la réalité constatée au quotidien à travers le monde.

Nous désirons plutôt nous engager pour un avenir sans nucléaire et faiblement émetteur de carbone assurant la vie et la protection non seulement des générations futures mais aussi de notre planète elle-même.

Voilà plus de 7 ans que les japonais-e-s sont menacé(e)s par la radioactivité dispersée dans l’air, l’eau et la nourriture. Les taux constatés n’ont pas baissé. Au-delà de la catastrophe humaine, on assiste aussi à une crise politique et industrielle. Ainsi face à l’ampleur de cette crise, et en prévision de l’organisation des Jeux Olympiques en 2020, les gouvernements successifs s’emploient juste à étouffer toute contestation en promulguant une nouvelle loi interdisant à toute personne d’évoquer Fukushima dans des termes négatifs. Le pays va revoir peut-être à la hausse les limites des doses d’exposition ! N’oublions pas non plus que les autorités emploient les classes populaires et exclues afin de nettoyer les dégâts.

L’intimidation se retrouve en France avec par exemple avec le projet à Bure avec des arrestations d’activistes et mêmes des perquisitions chez leurs avocats, quand ce n’est pas le sceau « secret défense » qui est brandit limitant toute enquête parlementaire ou investigation journalistique.

Les accidents nucléaires peuvent être engendrés- et le sont – par des catastrophes naturelles – comme un tremblement de terre ou un raz-de-marée – ainsi que par des erreurs humaines (Tchernobyl). Et cela n’est pas pris en compte par nos dirigeants politiques. En mars 2018, le président MACRON, en visite en Inde, a fait un pas de plus vers la construction de la plus grande centrale du monde, à JAITAPUR. Village de la côte ouest indienne, il est situé sur une zone sismique traversée par trois failles tectoniques (sic). S’additionnant aux risques de séisme, 10 000 habitants-es vivant de la pêche et de l’agriculture sont menacé-es. En effet, les eaux de refroidissement des réacteurs, seront rejetées dans la mer, détruisant ainsi la faune. De plus, dans le monde entier, les gens craignent aussi l’éventualité d’attentats terroristes dirigés contre des centrales nucléaires. On le sait, les cadres de sécurité en France, en Belgique sont déjà bien insuffisants, démontrés récemment par les actions de GREENPEACE à la centrale du Bugey.

Mais la radioactivité ne doit pas seulement nous inquiéter en cas d’accident nucléaire. Chaque étape de la chaîne du combustible nucléaire en relâche, à commencer par l’extraction de l’uranium provenant de pays aux régimes dictatoriaux comme le Niger ou le Kazakhstan ; ensuite cela continue durant des générations à cause des déchets nucléaires dont la gestion est chaotique.

Bien au contraire,  « les moins mauvaises » solutions sont envisagées et imposées par l’État comme le Centre Industriel de stockage Géologique (CIGÉO) à Bure de mille ans à dix mille ans malgré les dizaines de manifestations, une pétition de plus de 40 000 signatures de meusien(ne)s et haut-marnais(e)s, des débats publics tendus voire annulés, et des contre-expertises scientifiques alarmantes. Comment le PCF peut rester sourd à ces revendications tout en se disant ancré dans le réel ? En attendant, des déchets nucléaires supplémentaires sont produits chaque jour. La France à dépassée les 1,5 millions de tonnes déchet radioactifs sur son sol, ce que la béatitude technologique de quelques responsables politiques ne peut occulter.

« J’ai toujours veillé à ce que le nucléaire civil et le nucléaire militaire aillent de pair… ce serait la mort du deuxième si le premier disparaissait. » disait le Général Charles AILLERET, un des pères de la bombe atomique française. Les partisans de l’énergie nucléaire doivent affronter le fait que les programmes nucléaires civils fournissent les matières nécessaires à la fabrication d’armes nucléaires. L’arrêt du nucléaire sera source de paix. A une époque le PCF était le moins silencieux sur cette lutte, et ne peut se contenter de seulement dénoncer la dissuasion nucléaire, soyons réalistes ! La localisation, l’implantation de nouvelles centrales aux milieux de zones potentielles de conflits et de guerre est un levier impérialiste et une promesse d’hiver nucléaire insupportable contrairement au développement des énergies renouvelables. Non, l’atome n’est pas la solution à l’excès de CO2 ! La France doit rejoindre le mouvement initié par la Campagne Internationale ICAN, pour l’abolition des armes nucléaires, prix Nobel en 2018 et combattu par les puissances nucléaires.

Au-delà des arguments éthiques, même si la sécurité prime sur le reste, l’énergie nucléaire fait face tant à des bouleversements économiques profonds touchant le secteur de l’énergie qu’à des difficultés propres à la filière.

En effet, structurellement, on note que la consommation mondiale d’électricité augmente peu depuis quelques années et que tout le monde a sous-estimé les énergies renouvelables dont les coûts ont baissé fortement ce qui entraîne une baisse du prix de l’électricité (en novembre 2017, le coût du solaire avait été divisé par 5 en seulement huit ans, même tendance dans l’éolien). Le nucléaire ne peut rivaliser avec les énergies renouvelables.

Au sein de la filière nucléaire, le coût est déjà exorbitant mais ne cesse d’augmenter, et est en général payé par les contribuables. Les délais de construction ne cessent d’augmenter, déjà 10 ans de retard pour l’EPR en Finlande et que dire de Flamanville!

Les parcs nucléaires sont périmés et ne sont pas renouvelés (seulement un démarrage de chantier en 2017 en Inde). En France, les réacteurs ont été construits pour 30 ans. En 2017, 42 réacteurs sur 58 ont dépassés cette limite. L’Autorité de Sûreté Nucléaire a demandé des améliorations à EDF pour une centaine d’anomalie graves concernant plus de 50% des réacteurs : « Une remise à niveau » à minima de 30 Milliards ! Le matériel vieillit, parfois remplacé par des pièces non conformes (affaire du Creusot Areva) et supervisé par des autorités clairement dépendantes du pouvoir. Enfin, afin de réduire les coûts, les entreprises ne cessent d’employer des sous-traitants aux conditions de travail et sociales inacceptables. Sur les 220 000 emplois que compte la filière, 160 000 sont embauchés par des sous-traitants. Sans savoir long et maitrise publique, la sécurité des travailleurs et des machines est ainsi mise à mal.

Arguer que la solution aux problèmes de cette filière est de sortir du capitalisme ne va pas assurer une meilleure sécurité du parc nucléaire. La dangerosité et la vétusté restent.

Des acteurs historiques ont fait faillite comme Westinghouse ou perdent de l’argent comme Areva devenu ORANO (preuve que changer de nom ne suffit pas) vivant grâce aux perfusions financières de l’État, un puits sans fond de dingue ! L’industrie nucléaire, EDF ont reçu des subventions considérables de la part des gouvernements, qui ont apporté leur garantie pour le financement de la construction des centrales, pour limiter la responsabilité des opérateurs en cas d’accident et assumer les coûts sanitaires et de décontamination.

La production d’énergie par l’atome a représenté une avancée technologique au sortir de la guerre. Depuis de nombreux accidents se sont produits, de nouvelles technologies sont apparues et la confiance en cette source d’énergie s’est tarie. Il s’agit pour le PCF de renouveler son mode de pensée à propos du secteur de l’énergie qui doit évoluer vers une production décentralisée, co-organisée avec les riverains et durables.
L’ensemble des centrales fournissent environ 10 % de la consommation mondiale d’énergie. Nous devons travailler immédiatement ensemble pour remplacer cette petite quantité d’énergie d’origine nucléaire. Notre écommunisme, sujet clés pour l’avenir de nos sociétés doit promouvoir le développement de sources d’énergie facilement disponibles, très sûres et économiquement abordables. Elles sont de grandes sources de nouveaux métiers. Le PCF ne peut faire l’économie de cette réflexion en remettant à plus tard ce débat. Reconstruisons un pôle publique énergétique mais sans nucléaire. Sortons de cette nostalgie mortifère. C’est un défi Européen, internationaliste pour un avenir sobre, dé-carboné et sans nucléaire. 40% des congressistes lors du dernier congrès 2016 du PCF l’avaient eux aussi bien compris. C’est une des aspirations très majoritaire des écologistes et des forces antilibérales aujourd’hui.

6 réponses sur “Revenir à la source ! « Une sortie progressive et maîtrisée du nucléaire « ”

  1. L’argumentaire est convaincant, mais n’explique pas comment on peut envisager un mix 100% renouvelable, sur la base d’énergies intermittentes.
    Il me semble que c’est un problème majeur à résoudre si on veut être crédible.

    1. Personnellement je ne vois pas clairement comment atteindre le fameux 100% renouvelable mais je vois clairement que notre monde est très sérieusement menacé par le réchauffement climatique, la destruction de la biodiversité, l’épuisement des ressources et le risque d’embrasement nucléaire de la guerre économique et de ses variantes offensives.
      Deuxièmement nos modes de production et de consommation d’aujourd’hui surconsomment l’énergie. L’abandon du nucléaire et des énergies carbonées supposent une révolution de ceux-ci et changeraient du tout au tout, les besoins énergétiques.
      Mais troisièmement ce serait tellement complexe à mettre en œuvre au plan social, environnemental, technique et logistique (abandon de certaines productions, relocalisation/ reterritorialisation de très nombreuses industries, économie circulaire, circuit court, etc…) que cela supposerait une intervention profondément démocratique des citoyen-n-ne-s et des travailleurs/travailleuses…C’est cette intervention qui calibrerait alors le niveau du mix 100% renouvelable. Là où il y a une volonté, il y a un chemin.

  2. Le constat est clairement présenté, mais les conditions concrètes de la transition annoncée dans le titre de l’article demeurent beaucoup moins explicitées ce qui fait fortement défaut pour convaincre (hormis ceux qui le sont déjà). C’est dommage.

  3. Bonjour,
    Ce texte est clair ,très explicatif,et appuyé sur des données qui ,selon moi ,ne peuvent être contestées.
    Juste trois points sur lesquels je voudrais un développement de la part de camarades plus compétents que moi .
    1-le recyclage et le stockage des déchets va devenir un gros problème et nécessiter des investissements considérables à très long terme.Et cela est déjà le cas aujourd’hui.Le PCF devrait selon moi anticiper et poser déjà cette exigence : que les industries de traitement et stockage des déchets ne soient pas confiées au privé,mais qu’ elle soient entièrement sous la responsabilité de l’état et obligatoirement sous le contrôle des travailleurs ,et des citoyens:dans une forme de nationalisation qui exclut les intérêts privés de tout pouvoir .
    2-Concernant le nucléaire militaire ,alimenté par le nucléaire civil …La maintenance de l’armement nucléaire ne consiste certainement pas à maintenir le potentiel en l’état ,puisque toute maintenance nécessite des efforts de recherche et donc de perfectionnement des armes existantes.Le démantèlement de ces armes atomiques doit être accompagné et renforcé par un efforts d’éducation populaire à la paix et au désarmement.Les crédits affectés à la maintenance seraient mieux affectés dans des instituts de recherche ,nationaux ,européens ,et mondiaux pour promouvoir avec participation citoyenne les voies complexes de lutte pour la paix .Cela fait partie de nos «fondamentaux »depuis 1920 ,et le PCF a son mot à dire ,sans délégation à d’autres organisations mais de concert avec elles,en terme de propositions politiques ,pour les européennes déjà et de manière récurrente ensuite.Le «Nous sommes en guerre» de Hollande ,est une aberration.L’avons nous assez dit ? Le texte montre que le nucléaire est au contraire une cible possible pour le terrorisme.
    3-Si l’objectif est la sortie progressive et maîtrisée du nucléaire ,cela nous oblige à travailler avec d’autres organisations,et à pratiquer une politique d’ouverture ,notamment lorsqu’il s’agit d’une sortie «maîtrisée»,j’entends par là sous le contrôle des travailleurs et des citoyens .Et en ce concerne le désarmement cela implique de relancer notre dialogue avec les pacifistes ,les religions,notamment avec les chrétiens et les partisans de la non-violence dans la lignée de Tolstoï,Gandhi,Mandela…
    La pensée marxiste et le PCF ont besoin de grandir sur le socle de cet humanisme.Surtout lorsque les religions sont aujourd’hui instrumentalisées sans vergogne par les dominants et les partisans de la violence.

  4. Moi je suis septique sur la sortie du nucléaire, je ne vois pas comment les éoliennes et le photovoltaïque peuvent remplacer le nucléaire. Même en développant les énergies renouvelables, on veut du tout électrique partout, même dans les automobiles, les pays en voie de développement veulent eux aussi profiter de cette énergie et on nous parle de se priver du nucléaire pour moi ce n’est pas réaliste. Comparer la France au Japon ce n’est pas sérieux d’un point de vue sismologique. Pour ma part j’aimerai entendre critiquer l’armement nucléaire, j’aimerai entendre critiquer quand on a confié l’entretien des centrales à des entreprises d’intérim non qualifiées, des mesures de sécurité sont à développer, l’entretien doit être fait par des gens qualifiés comme c’était mais le vrai problème c’est que l’on ne veut pas donner les moyens financiers pour entretenir comme çà doit être les centrales. J’ai assisté à plusieurs conférences sur le sujet faites par des ingénieurs du CNRS (ce n’étaient pas des charlots) et ils étaient unanimes pour dire que sortir du nucléaire était une ineptie. Ceux sont les écolo qui se sont rués sur le sujet il faut bien exister en agitant le drapeau de la peur et en prenant des exemples qui ne sont pas comparables avec la France.

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