Repenser l’écologie politique

Repenser l’écologie politique

1 mars 2019 0 Par Printemps du communisme

Contribution de Bernard Lamizet

Pour refonder l’identité politique communiste, sans doute est-il nécessaire de commencer par élaborer une nouvelle culture théorique communiste. C’est dans ce souci que nous proposons ici quelques éléments pouvant contribuer à repenser l’écologie politique et à élaborer une culture écologique communiste.

Rappels sur ce qu’est l’écologie

Rappelons, pour commencer, que le mot « écologie » a été formé, au XIXème siècle, par le naturaliste allemand Haeckel. Sans doute cette naissance dans le domaine des sciences de la nature peut-elle expliquer que l’écologie ait été, depuis le début, associée à une culture de l’environnement et de la préservation des espaces naturels. En réalité, écologie vient du grec oikos, qui désigne l’espace dans lequel on vit. Mais, surtout, ce mot, oikos est issu de la même racine que le mot latin vicus, d’où sont issus les mots français voisin et vicinal, qui désigne le quartier dans lequel on vit avec les autres. L’écologie est, ainsi, fondamentalement, une approche de l’espace social, et sans doute faut-il en finir avec la confusion entre l’écologie et le retour imaginaire à la nature. Repenser l’écologie, c’est repenser l’espace social.

Pour une écologie réellement politique

C’est bien la raison pour laquelle l’écologie est politique. Le Printemps du communisme devrait, sans doute, se donner comme un de ses objectifs de faire revenir l’écologie dans le champ politique. L’écologie désigne, en réalité, un ensemble de lois, de normes et de contraintes permettant de faire de l’espace dans lequel nous vivons un espace politique, de lui donner une signification politique, mais, en même temps, elle désigne une culture politique de l’espace, une approche de l’espace permettant de mieux vivre en société et de mieux penser les sciences sociales. Enfin, si l’on sait bien que, dans notre culture, l’espace et le temps sont les deux approches qui fondent notre rapport au monde, sans doute l’espace est-il antérieur au temps dans la formation de notre identité – ne serait-ce que parce que c’est dans l’espace que nous rencontrons l’autre et que c(est la rencontre de l’autre qui fait de nous des sujets sociaux. C’est seulement après que nous pensons le temps – à la fois quand nous comprenons ce qu’est la mort et quand nous comprenons ce qu’est la mémoire

Pour une écologie critique

Ce que l’écologie peut conserver de sa naissance dans le domaine des sciences, c’est la dimension critique qui fonde son identité politique. Il s’agit, d’abord, d’une critique des pouvoirs et de la façon dont se met en œuvre une sorte de confiscation de l’espace par les pouvoirs. Il s’agit, par ailleurs, d’une critique des méfaits causés sur l’espace par le libéralisme et par la recherche du profit. Il s’agit, enfin, d’une forme de prise de distance du discours politique sur la façon de vivre dans l’espace, sur les logiques qui orientent et structurent la vie sociale.

La médiation écologique

Rappelons que ce qui définit le concept de médiation, c’est la dialectique entre le singulier et le collectif. Repenser la médiation écologique est donc une façon de repenser cette dialectique entre notre psychisme et la part singulière de notre identité et notre relation aux autres et la part collective de cette identité. Mais la médiation désigne aussi l’articulation entre le réel, c’est-à-dire les contraintes que l’espace fait peser sur nous, le symbolique, c’est-à-dire les représentations, les discours et les images qui expriment notre culture de l’espace, et l’imaginaire, c’est-à-dire les expressions du projet politique que nous construisons en ce qui concerne l’espace. Enfin, le commun, qui fonde la communisme, désigne une autre dimension de la médiation écologique : celle de la relation aux autres, du partage avec les autres de l’usage de l’espace (ce que les latins appelaient l’ager publicus), la culture du commun se situant, précisément, en-dehors de la logique de la propriété.

Écologie et communisme

L’écologie s’inscrit pleinement dans le projet communiste, car elle constitue une des façons pour nous de nous libérer de l’aliénation. C’est pourquoi il est important que le communisme en finisse avec la méconnaissance de l’écologie qui l’a dominé jusqu’à présent. Cette sorte de déni de l’écologie tient à la fois au fait que le communisme considère l’écologie comme une idéologie, au fait que l’écologie a, jusqu’à maintenant, été séparée de l’économie politique, et au fait que le communisme est né dans une culture politique du travail et non dans une culture politique de l’espace. Sans doute, d’ailleurs, cette méconnaissance de l’écologie contribue-t-elle à expliquer le recul du communisme dans le champ politique, et, en revanche, le fait que la reconnaissance de la place de l’écologie dans le projet communiste peut faire retrouver son importance politique à l’identité communiste.

Écologie et ville

Mais l’une des raisons de l’éloignement de l’écologie du projet communiste est aussi la dimension urbaine du communisme. Sur ce plan, le Printemps du communisme peut se donner comme l’un de ses projets l’élaboration d’une écologie politique urbaine. Une telle écologie politique urbaine peut reposer sur quatre éléments majeurs. Le premier est l’élaboration de politiques urbaines écologiques d’aménagement de l’espace, à la fois dans le domaine du logement et dans le domaine de l’entretien du patrimoine culturel et architectural des villes. Le second est l’élaboration d’une politique urbaine de transports en commun et de la circulation permettant de faire réellement reculer dans les villes la place de la voiture et de la pollution de l’environnement liée à la circulation automobile. Le troisième élément est une politique écologique de l’énergie recherchant le développement des formes non polluantes d’énergie, des énergies renouvelables et la naissance d’une économie non libérale de l’énergie. Enfin, une écologie politique urbaine vise à atténuer la différence entre ville et banlieues, à faire disparaître les ghettos, qu’il s’agisse des ghettos de riches ou des ghettos de pauvres et à atténuer la différence et le clivage entre environnement rural et environnement urbain.