Printemps du communisme : ce qu’il faut retenir !

Se réinventer ou disparaître ! Pour un printemps du communisme

Nous sommes très inquiet·e·s. Ce congrès extraordinaire devrait répondre à des questions vitales : quelles sont les causes de la situation dramatique dans laquelle nous nous trouvons ? Que devons changer de nous-mêmes, que devons-nous inventer et faire de nouveau pour redonner un avenir à notre combat ? Or la base commune du CN ne les pose même pas, et cela débouche sur une grave absence d’innovation.

A nos yeux, ce congrès est celui de la dernière chance. Nous ne pouvons nous résoudre ni au statu quo, ni au retour en arrière. Il nous faut donc inventer pour donner au communisme une figure offensive, convaincante, adaptée à notre époque et tirant les leçons du passé.

I. Refaire du communisme une idée mobilisatrice

Notre Parti n’a pas échappé pas à la crise du mouvement communiste mondial. Mais si cela pèse encore sur les esprits, le problème essentiel est aujourd’hui de redéfinir, au vu des échecs passés et des nouvelles conditions des luttes de classe, les principaux repères d’un projet actuel d’émancipation humaine.

Or sur certaines questions désormais stratégiques pour lutter contre le capitalisme mondialisé, il nous faut impérativement transformer nos idées et nos positions pour :

  • Libérer le travail de l’exploitation capitaliste par une authentique démocratie économique, avec de nouvelles formes de socialisation de la propriété, un statut des « producteurs associés » et le salaire à vie.
  • Dépasser radicalement la démocratie parlementaire avec une 6ème République promouvant toutes les formes possibles d’intervention citoyenne.
  • Porter une nouvelle conception du développement humain sans hiérarchie des luttes émancipatrices.
  • Faire de la lutte contre tous les racismes, et pour l’égalité femmes/hommes de grandes priorités politiques.
  • Porter un éco-communisme ambitieux, avec notamment l’exigence d’une sortie progressive et maîtrisée du nucléaire vers un mix électrique 100 % renouvelable.
  • Défendre la liberté de circulation et d’installation des migrants.
  • Désaliéner les esprits par une séparation stricte des médias d’avec les puissances financières et l’État.
  • Avec toutes les forces progressistes européennes, faire de la transformation de l’Europe un levier du combat pour une alternative à l’ordre capitaliste mondial.

II. Un processus révolutionnaire démocratique et citoyen

L’idée de révolution a été abimée par les dérives et l’échec des révolutions du 20ème siècle, Nous devons donc la réhabiliter en lui donnant, le caractère radicalement démocratique que permettent les conditions d’aujourd’hui.

Dans des sociétés aussi développées que la nôtre, l’idée d’une « émancipation par les travailleurs eux-mêmes » s’impose. Il ne faut plus décider à la place des travailleurs, mais soutenir et donner sens à ce qui se développe déjà dans le mouvement populaire.

Il faut donc nous libérer d’une conception de la révolution « par le haut » privilégiant les positions institutionnelles et la stratégie électorale. Et donner la priorité à la conquête de l’hégémonie des classes dominées, permettant d’abolir progressivement et durablement les mécanismes capitalistes d’un nombre croissant de domaine, comme ce fut le cas pour la Sécurité Sociale, le salaire à vie des fonctionnaires ou auparavant la séparation des églises et de l’Etat.

C’est ce que Marx puis Jaurès appelaient une « évolution révolutionnaire », jusqu’à la conquête du pouvoir d’État. Elle rompt avec l’électoralisme, mais ne se désintéresse nullement de la conquête de positions institutionnelles, dont l’objectif est articulé avec l’ensemble des luttes.

III. Notre stratégie politique : la question du rassemblement

Sans rassemblement de toute la gauche, il n’y a pas de majorité possible. Mais l’une des principales leçons qu’il faut tirer du passé est que, au delà de ceux qui visent à battre la droite et l’extrême droite, des accords électoraux avec les forces sociales-démocrates ne sont possibles que lorsque les rapports de force garantissent la mise en œuvre de politiques anticapitalistes et pacifistes.

Il nous faut travailler au rassemblement des forces antilibérales afin de leur donner un poids politique suffisant. Mais il faut aller au delà du Front de gauche.

Dans le respect d’un socle commun, un tel rassemblement doit garantir à chacune de ces forces une totale liberté de ses propres combats – pour nous, porter l’ambition communiste – et contribuer ainsi à la dynamique générale. C’est ce que nous appelons un « Front commun ». LFI y a évidemment sa place. Et nous devons y critiquer sans concessions toutes les tentations populistes.

A l’opposé des stratégie à géométrie variable, nous devons dans cet esprit aller pour les prochaines élections vers des listes de large rassemblement. Listes transnationales pour les européennes de l’an prochain. Assemblées citoyennes pour préparer très largement les municipales de 2020, puis les départementales et régionales de 2021 afin d’ancrer le Front commun dans le paysage et créer un nouvel espoir en vue des présidentielles et législatives de 2022.

IV. Pour un parti ouvert, démocratique de fond en comble, divers et uni

Un « Front commun » serait stérile sans le renforcement du Parti communiste. Mais la stratégie d’émancipation des travailleurs par eux-mêmes suppose une forme d’organisation nouvelle. Il ne s’agit plus de penser et décider à la place des dominé·e·s, mais de contribuer par tous les moyens possibles à ce qu’elles et ils pensent et décident directement.

Dès lors, le niveau le plus décisif de l’organisation est « en bas » : la section. C’est là que tout doit se débattre et se décider démocratiquement, jusqu’aux orientations nationales. C’est pourquoi, dans le respect de ces orientations, il faut donner aux sections une place et une autonomie plus importantes.

L’unité du Parti se construit de bas en haut. Les dirigeants doivent laisser la place à des porte-paroles élu.e.s et le cas échéant révocables. Les commissions nationales ne sont pas nommées par la direction mais élues et chargées de préparer et mettre en œuvre les décisions des communistes.

A tous les niveaux, les décisions doivent appartenir aux femmes et aux hommes, aux jeunes engagés dans l’action, y compris – dans les collectifs locaux ou thématiques qui se créent à l’initiative des sections et de communistes – lorsqu’ils et elles ne sont pas adhérent.e.s. Celles qui concernent l’organisation même du Parti relèvent évidemment de la souveraineté des adhérent·e·s qui font vivre le Parti par leur cotisations.

Nous devons nous appuyer sur les changements profonds que nous opérons pour lancer une grande campagne d’adhésions. Et lancer un appel aux très nombreux camarades qui, démotivé·e·s et parfois désespéré·e·s, ont quitté le PCF dans les années et même les décennies passées, afin de rassembler la force communiste.

Conclusion

Ou bien nous réagissons maintenant pour retrouver une place importante dans la vie politique de notre pays ; ou bien nous nous condamnons à ne plus compter, et le communisme risque fort d’être absent du combat politique pour de nombreuses années, au moment où le besoin en est le plus grand.

Réinventons-nous !

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