Pour organiser les travailleurs, il faut comprendre l’entreprise du 21e siècle.

Pour organiser les travailleurs, il faut comprendre l’entreprise du 21e siècle.

28 octobre 2019 1 Par Hadrien Bortot

L’intervention de Hadrien Bortot au Conseil national des 19 et 20 octobre 2019

Laissez-moi d’abord faire un point de méthode. Il est très désagréable d’être convoqué pour un conseil national et d’en recevoir la veille la proposition de relevé de décisions. Transposez cela au monde de l’entreprise et vous verrez combien c’est problématique.

Je crois que la question qui nous est aujourd’hui soumise, est un enjeu d’organisation duquel découle une conception du Parti.

L’entreprise est-elle la structure sociale pertinente où développer une activité politique ? La réponse devrait être « parfois ».

Il existe des entreprises qui de par leur rayonnement sur un bassin d’emploi, leur fonctionnement, la nature des rapports de force avec les syndicat, permette un tel travail d’organisation. Dans ce cas, identifions les et avançons dans notre tache d’organisation.

Mais soyons conscient qu’il s’agit d’une infime minorité d’entreprise.

Aujourd’hui, l’externalisation, la casse du droit du travail, les nouvelles formes de salariat, ont déconstruit l’entreprise comme lieu de rencontres et de sociabilité où peuvent se rencontrer les intérêts communs.

Pour ma génération, le lieu de travail idéal dont vous parlez a déjà presque disparu. Du mécanicien de velib’ qui reçoit ses missions sur son PDA, au cadre du marketing qui télé-travaille la moitié de la semaine, en passant par le graphiste payé à la tâche souvent depuis chez lui à qui il arrive de louer un bureau dans un espace de co-working, et le chauffeur uber auto entrepreneur qui fait ses déclarations ursaf depuis un café, dans leurs diversités ces travailleurs n’ont pas de lieu de travail. Leur sociabilité n’est pas directement dictée par leur travail.

Cette tendance ne va pas s’arrêter. Plus que cela, pour beaucoup de travailleurs, il s’agit d’un progrès. Ils se pensent ainsi plus libres.

Dans ces conditions, comment pouvons-nous les rencontrer et leur parler ? Voilà ce qui est absent de ce relevé de décision.

Je propose que notre Parti lance des expérimentations en direction de ces travailleurs. Qu’on ouvre dans une fédération une réflexion sur le coworking, que dans une autre nous expérimentions une permanence d’accès aux droits pour les travailleurs uberisés, qu’ici on mette en place des temps de rencontre entre les professionnels de l’édition et du graphisme que là nous accompagnions la création d’une mutuelle de livreurs.

Comme à la fin du 19e siècle, les militants du mouvement ouvrier ont sur interroger la production pour répondre par l’organisation des travailleurs, comprenons aujourd’hui l’entreprise du 21e siècle pour permettre aux travailleurs de s’organiser et de penser politiquement leur travail.