Le rassemblement, c’est une bataille politique

Le rassemblement, c’est une bataille politique

26 janvier 2019 0 Par Frank Mouly

L’intervention de Frank Mouly devant le Conseil national du PCF (samedi 26 janvier 2019)

Frank Moul

Deux mois après notre congrès, nous faisons déjà la démonstration que nous n’avons ni les outils ni le cap pour affronter une période tout à fait nouvelle.

En effet, les bouleversements et ruptures qui ont marqué la période précédente, notamment la séquence électorale de 2017 voyant des continents politiques brusquement engloutis pendant que d’autres émergeaient, se confirment et les grandes secousses continuent.

Nous n’avons pas les outils car à l’évidence, alors que les signes de crise de la médiation politique et syndicale qui se multiplient depuis des années, appelaient à en tenir compte et à prendre des initiatives, à concevoir des formes nouvelles, plus horizontales, dépassant le fonctionnement traditionnel des partis et des rassemblements politiques, nous avons bâti dans ce congrès une réponse consistant à confirmer la pertinence du cadre traditionnel pour peu qu’on l’améliore et qu’on en soit fier.

En gros, nous avons, comme pour nous rassurer, affirmé avoir le bon cadre, les bonnes propositions, il nous fallait juste mieux les expliquer, mieux communiquer, mieux tweeter.

Papatras, à peine le congrès terminé, nous avons éprouvé de grandes difficultés pour prendre à bras le corps le mouvement inédit des gilets jaunes, non pour courir derrière, mais pour le comprendre et faire du judo avec. Nous avons passé des semaines à dire « c’est intéressant mais… ». Et nous avons une fois encore regardé passer les trains, malgré les déclarations de Fabien sur certains plateaux de télé et qui pouvaient laisser entendre une prise en compte de ce mouvement. L’apport communiste à ce mouvement s’est fait sur la seule base d’initiatives militantes prises isolément ici ou là mais sans mouvement d’ensemble, visible, efficace.

Aujourd’hui, alors que le mouvement va fêter ses trois mois d’existence, ce qui est inédit pour un mouvement social de cette ampleur, alors que ce mouvement, certes tiraillés et traversé de contradictions, atteint un degré de maturité suffisant pour travailler à des jonctions concrètes avec les revendications notamment salariales qui seront portées par les syndicats lors de la manifestation du 5 février, nous nous décidons enfin à déclarer un soutien un peu plus clair que d’habitude dans le projet de résolution.

Je le note, mais on ne peut pas dire qu’on soit dans le tempo, d’autant que cette prise en compte ne se voit pas : dans notre plan de travail en contribuant de toutes nos forces à la convergence des publics à rassembler  : les gilets jaunes (retraités ou salariés pauvres, uberisés, etc.), les gilets rouges ( gilets jaunes et gilets rouges ça c’est la convergence possible le 5 février, rendez-vous de la plus haute importance) mais aussi, j’allais dire le tiers état, les populations des quartiers populaires, sa jeunesse.

Cette prise en compte ne se voit pas non plus dans la forme et le périmètre du rassemblement politique à construire pour les élections européennes qui seront de facto un nouvel acte de la recomposition politique à partir du nouveau contexte créé par le mouvement des gilets jaunes.

Ce que nous préparons aujourd’hui, c’est un rassemblement autour du Parti, et je vois mal comment il pourrait aboutir à autre chose qu’à un nouvel affaiblissement et notre probable disparition de l’assemblée européenne. Franchement, nous avons besoin d’autre chose.

Le dépôt des listes c’est le 3 mai, il n’est pas trop tard pour travailler à la création de passerelles entre les forces de la gauche de transformation, mais aussi avec le mouvement social. Cette hypothèse ne doit être seulement signalées par des petites phrases sur les réseaux sociaux, ni seulement l’objet de discussion entre appareils (même si elle sont nécessaires), cela doit être l’objet d’une bataille politique publique. Il n’y a rien de plus urgent. Et ce choix d’une campagne publique pour le rassemblement de la gauche de transformation et du mouvement social doit être au coeur de la proposition politique soumise au vote des communistes.