La France Insoumise : adversaire à combattre ou alliée potentielle ?

La France Insoumise : adversaire à combattre ou alliée potentielle ?
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Les communistes ne peuvent que se sentir agressés par la stratégie « dégagiste » que la France Insoumise applique aussi violemment à ses adversaires néolibéraux qu’à notre Parti, pourtant co-fondateur du Front de gauche qui a permis l’installation de JL Mélenchon au premier plan de la vie politique.

En outre, le « populisme de gauche » dont se réclame ce mouvement nous pose deux sérieux problèmes. Les seules relations que la FI accepterait aujourd’hui d’avoir avec nous seraient de fusion-dissolution du PCF dans la FI, ce qui est évidemment inacceptable et fait obstacle à un rassemblement pourtant indispensable des forces de la gauche de transformation sociale. Et de l’autre, il manifeste des tentations réellement populistes que nous ne pouvons que combattre parce qu’elle sont dangereuses : sur l’Allemagne, par exemple, ou en mettant en avant l’opposition « peuple/caste » plutôt que la critique du capitalisme, ou encore en tentant de façon risquée, sur des thèmes comme la Nation ou la laïcité, de rassembler les mécontents « des deux rives »

Mais d’un autre côté, nous ne pouvons pas en rester à ce constat, et ceci pour plusieurs raisons politiques importantes :

1. L’une des constantes de l’action des communistes, de Marx à aujourd’hui, est en effet de travailler à unir politiquement les forces sociales qui aspirent à une profonde transformation de l’ordre existant, ce qui passe nécessairement par un rassemblement des forces politiques qui les représentent et portent cette aspiration. Or il est indéniable que LFI est l’une de ces forces, et aujourd’hui de loin la plus importante.

  • Sur le fond, le projet politique de LFI n’est pas le nôtre, c’est évident, y compris sue certaines questions importantes. Mais il prône comme nous une rupture avec le néolibéralisme : c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avions créé le Front de gauche avec Jean-Luc Mélenchon. Et son programme actuel s’inspire encore très largement de celui du Front de gauche, l’Humain d’abord.
  • Et sur le plan électoral, il est la force politique qui représente le plus l’électorat que nous visons à rassembler pour ouvrir une alternative.

En 2012, JLM a rassemblé l’essentiel de l’électorat de la gauche de transformation sociale qui, sauf en 2007, faisait globalement environ 13% à chaque élection présidentielle depuis 1995. En 2017, il a en plus repris ¼ de l’électorat de F. Hollande cinq ans avant, ce qui représente à peu de choses près le niveau de l’électorat communiste avant le début de sa chute en 1981. Et il renoue de surcroit avec des catégories populaires qui s’était éloignées depuis longtemps, soit dans l’abstention, soit en allant vers le PS, puis vers la LCR/NPA et LO.

Aux législatives, le résultat est différent mais de même nature. Le PCF faisait plus de 20% avant 1981, 4,82 en 2007 et 2,72 en 2017. LFI rassemble cette année-là 11,03%, contre 6,91% au Front de gauche en 2012. Là aussi, malgré l’abstention – particulièrement forte dans les milieux populaires – LFI permet un net progrès dans le rassemblement de l’électorat « traditionnel » du PCF et de la gauche de transformation sociale.

2. La seconde raison est qu’une confrontation électorale avec LFI diviserait gravement le « camp » de la transformation sociale. Et toute l’expérience montre que c’est son rassemblement qui crée l’espoir et la dynamique, et la division qui fait perdre tout le monde. Nous n’en profiterions pas plus qu’aux élections législatives de l’an dernier, et ce serait l’échec pour tout le monde. Or si l’espoir qui est né en 2012 avec le Front de gauche et s’est amplifié en 2017 disparaît, nous risquons fort de nous retrouver dans la calamiteuse situation italienne où la gauche tout entière a disparu du paysage politique. En ce moment où les peuples n’en peuvent plus de la crise et que montent en puissance les forces d’extrême droite, ce serait une catastrophe pour très, très longtemps.

3. Et la troisième raison est que l’échec de LFI ne ferait en rien remonter l’influence de notre Parti. Bien que ce mouvement occupe un espace électoral qui fut jadis le nôtre, il n’y a pas de vases communiquant entre lui et nous. Notre affaiblissement est bien antérieur à l’apparition de LFI : André Lajoinie faisait déjà moins de 7% en 1988, il y a 30 ans, sans même parler de 2002 et 2007. C’est en inventant une conception actuelle, moderne, attractive du communisme, capable d’intéresser et même d’enthousiasmer les femmes et les hommes qui luttent contre le capitalisme et espèrent une alternative que nous reprendront une place importante dans la vie politique. Alors que si nous combattons LFI, nous signifierons à l’électorat qui fut le nôtre, et qui se retrouve aujourd’hui en elle, que, à nos yeux, c’est lui qui se trompe. Et nous apparaîtrons comme une force de division.

Certes, aujourd’hui, LFI ne veut pas de rassemblement avec nous. Mais l’union est un combat. La façon la plus sure de le perdre, c’est de ne pas le mener. Il nous faut donc tout faire pour débloquer la situation en agissant sur deux plans :

  • Porter en toutes circonstances l’exigence de rassemblement. Et cela, dès les européennes, en proposant et travaillant à des listes coordonnées à l’échelle européenne, avec LFI et toutes les forces de transformation sociale possibles. Nous pouvons pour cela :
    • impulser partout la création d’assemblées citoyennes visant cet objectif, et qui poursuivraient leurs efforts au delà des européennes en vue des élections ultérieures.
    • Ouvrir un débat public très large avec toutes celles et tous ceux qui souhaitent la convergence de toutes les forces de transformation sociale dans un Front commun.
    • Retrouver les conditions d’un débat politique serein avec LFI, en proposant de sortir de la logique de confrontation et de petites phrases.
    • S’appuyer sur les tentatives récentes de LFI d’ouverture à gauche en proposant officiellement de discuter de la création d’un Front commun pour battre les forces néolibérales, la droite et l’extrême droite.
  • Et indissociablement, combattre avec constance, et par la raison, toutes les tentations populistes.

15 réponses sur “La France Insoumise : adversaire à combattre ou alliée potentielle ?”

  1. Est-ce que ce qui nous oppose est plus important que ce qui nous réunit ? Là est la vraie question ? Nous avons appelé à voter clairement contre Le Pen aux présidentielles, nous avons une position différente vis à vis des réfugiés , de la construction européenne, de Poutine, etc… Pour ma part, je me sens plus proche des positions de Génération.s, de NPA ou de LO, avec en plus, les égos en moins.
    La discussion avec Fi doit être loyale, équilibrée et constructive sur le fond uniquement.
    Courage…

    1. Les differences ne sont pas dans le programme ni dans les discours de Mélenchon et des leaders Insoumis mais dans les caricatures quen donnent les medias… et certains communistes.
      En quoi les Insoumis sont ils « populistes », quelle difference d’appréciation sur Poutine et les relations avec la Russie ( mon pays) … etc.
      La seule différence reside dans la stratégie : nous pensons nécessaire pour prendre et garder le pouvoir de convaincre des électeurs qui ne veulent pas entendre parler de la gauche de s’engager avec nous dans la lutte contre l’oligarchie capitaliste…

    2. Mes excuses pour ma petite culture politique:
      Rester communiste, n’est pas combattre LFI, et la disparition du PCF c’est ce que voulait les chefs du PS dont Mélanchon était un représentant (ministre)assidu : nous tombons dans son piège:son éloquence, nous aveugle et séduit les électeurs de gauche.
      Moi, je resterai communiste ou citoyen français sans conviction, mais surtout pas mélanchoniste !

    3. Une discussion loyale ? Et à la fin de ta phrase Poutine ? Tu confonds (volontairement ?) la position de FI sur la Russie, un pays avec lequel il faut coopérer et le quasi dictateur Poutine que la FI à toujours condamné ! Tu confonds le peuple et les dirigeants… Education politique à refaire !

  2.  »Les seules relations que la FI accepterait aujourd’hui d’avoir avec nous seraient de fusion-dissolution du PCF dans la FI, ce qui est évidemment inacceptable et fait obstacle à un rassemblement pourtant indispensable des forces de la gauche de transformation sociale. »
    comment vous pouvez dire des choses pareils , alors que pour les législatives vous avez tergiversez, (je parle ici du bureau politique du PCF) espérant encore une alliance avec le PS ? je vous remets les extraits de la charte des groupes d’appuis de la F I.
    Les membres de partis, clubs, associations, réseaux, sont bienvenus dans ce mouvement collectif, s’ils sont prêts à en respecter le pluralisme et la priorité donnée à l’action citoyenne. 
    Les groupes d’appui s’engagent à respecter les valeurs de la République ainsi que le cadre, la démarche et les décisions de la France insoumise notamment celles relatives au programme, aux décisions stratégiques de la campagne et aux investitures pour les élections législatives.

    1. conclusion de l’extrait de la charte que vous citez : à titre personnel on peut venir, mais toute alliance avec un autre parti est exclue d’office !! c’est un peu violent comme proposition de rassemblement, et au passage ca permet de s’assurer de récupérer les sous pour rembourser la campagne sans avoir à partager (en ayant fait 5%). Dans ma circonscription il y avait un vrai rassemblement citoyen qui c’était monté de puis 6 mois (notamment suite à des lutes contre une ligne haute tension), soutenu par le PCF, les verts et des associations, et la candidate n’est pas « encartée », et bien dernier moment apparait un candidat LFI inconnu, qui n’a jamais rencontré personne et refuse de discuter, et qui a une suppléante résident à quelque centaines de kilomètre de la circonscription. Je veux bien accepter certaines critiques, mais là ca ne passe pas (sans parler du résultat évidemment catastrophique).

  3. Ce n’est pas parce que la droite dit que LFI est populiste et nationaliste que nous le sommes. Il est navrant que le PCF reprenne à son compte ces saloperies, sans dire en quoi LFI serait populiste et nationaliste et surtout sans dire ce qu’est être populiste.

    Si être près du peuple c’est être populiste, alors nous le sommes. De la même façon, nous ne sommes pas nationalistes, mais patriotes et nous sommes très attachés à la souveraineté du peuple français sur toutes les décisions concernant la France au sein de l’Union européenne.

    Mais où avez-vous vu que nous étions pour la fusion-dissolution du PCF ? Nous verrions d’un bon œil que le PCF dépasse largement 2 % des voix, si elles sont prises, cerise sur le gâteau, au PS ou même à Hamon.

    Mais où avez-vous vu que nous ne critiquions pas le capitalisme ? Nous ne faisons que cela.

    Mais où avez-vous vu que nous étions contre l’Allemagne et son peuple ? Nous sommes contre la politique de son gouvernement CDU-CSU, SPD, pour les mêmes raisons que nous avons été et que nous sommes contre la politique des gouvernements français successifs depuis 2003.

    Mais où avez-vous vu que nous n’étions pas pour le rassemblement avec le PCF ?

    Nous sommes pour le rassemblement de tous les antilibéraux ou anticapitalistes, mais dans la clarté, notamment en matière d’union et d’Europe.

    La seule force avec laquelle nous refusons obstinément de nous rassembler, c’est le PS. Il est donc hors de question de nous laisser entraîner dans une recherche d’union à tout prix qui comprendrait le PS, comme trop souvent le PCF tente de le faire.

    De la même façon, l’union ne pourra se faire que sur la base d’un rejet absolu des traités européens. Plutôt perdre l’élection que de ne pas faire la clarté sur l’Union européenne.

  4. Je ne partage pas ton opinion. Certes Jean Mélenchon et LFI existe. Mais ne refaisons pas la même erreur qu’avec les socialistes et nous l’avons vu avec le front de gauche. Le rassemblement n’est possible que lorsque nous pesons dans le paysage politique. C’est bien la question centrale du congrès. Que les communistes se remettent au militantisme dans leur quartier ou sur leur lieu de travail. Faisons du concret pour changer… Les voyages à la mer, c’est du concret pour les gens. La vente de fruits et légumes… La question des logements… Arrêtons de nous regarder le nombril. Les sociaux démocrates n’entendent que la rapport de force. Ceci n’exclue pas des alliances mais elles seront possibles que lorsque nous représenterons quelque chose dans la vie de nos concitoyens.
    Salut et fraternité

    1. Je ne voudrais en aucun cas être désobligeant avec vous
      Mais voyez vous dans la 7 eme circonscription de l’Oise la candidate communiste avait accepté le poste de suppléant ,laissant la place de titulaire à la candidate FI .Ceci en accord avec les instances régionales ,rendue caduc le lendemain les structures nationale de la FI
      Il reste que c’est le peuple qui paie.Et le peuple c’est nous

  5. Ce qui fait la différence avec FI c’est que nous sommes Marxistes et que nous avons là un outil d’analyse des situations concrètes des sociétés, de la position des classes par rapport au développement des forces productives et dans le capitalisme de l’extraction de la plus value
    Mélenchon est dans une tradition du peuple républicain, les droits universels, l’état au service du peuple, idéal ancré dans l’esprit français, mais insuffisant pour vaincre le capitalisme mondialisé au stade de la numérisation . les pays de l’amérique latine en sont la démonstration qui n’ont pas socialisés les forces productives et sont repassés (momentanément )sous la répression capitaliste
    L’alliance avec FI c’est l’alliance avec des forces réformistes et non -encore?- révolutionnaires , comme par le passé avec le parti socialiste. FI ne peut nous dicter avec qui , dans chaque cas, faire alliance ainsi à Paris nous avons eu raison
    Et l’issue vers le communisme dépend donc de notre possibilité d’être en capacité dans les luttes de faire mûrir les germes des solutions
    Ce qui me désole c’est que dans aucune des 4 contributions n’est développé avec netteté le changement d’époque que nous vivons : nous sommes entrés dans une nouvelle société celle de la révolution informationnelle. Des interventions dans les débats préparatoires ou en dehors en ont bien posé les termes généraux: Lojkine, Boltinzger, Le pollotec, mais sans en tirer toutes les conséquences pour les pratiques à mettre en œuvre. Ceci sera l’objet d’une autre intervention de ma part
    Enfin pour ce qui est de l’écologie vous adoptez une position presque Mélenchonnienne en affirmant qu’il faut sortir du nucléaire, position anti- scientifique , le nucléaire étant l’industrie la moins polluante ( super phénix a été sacrifiée par une alliance électoraliste entre verts et socialistes )

  6. Ceux qui ont mis le PCF dans le mur continuent d oeuvrer pour sa disparition en sencurant leur énorme responsabilité. Pour le prochain congrès le choix est simple entre ceux qui veulent effacer définitivement le parti.de la résistance du colonel.Rol et le manifeste du PCF de André Chassaigne..

  7. en un temps très reculé loin des paillettes, le « populisme » était votre fond fr commerce, le vrais populisme celui qui faisait que le peuple votait PCF car il se sentait proche de des valeurs que vous véhiculiez………… Mais voila………
    Oui voila, c’est facile de traiter de populiste un mouvement qui est proche du peuple tout en rejetant les forces brunes et refusant, à votre différences, les magouilles politiques………
    Vous êtes vos propres fossoyeurs, pas besoin de mettre cette oeuvre dans la mains d’un autre
    les bobos ont remplacé les prolos mais le prolo n’oublie pas quand on le néglige.

  8. Il faudra bien , un jour ou l’autre, au Congrès ou après, avoir un débat, dans notre Parti, sur la vrai caractéristique politique de la FI. Pour enfin y voir clair.
    Je veux réagir sur les commentaires de membres de la FI. De toute évidence ils n’ont aucune connaissance de ce qui se passe dans leur mouvement. En Ardèche, sur les 3 circonscriptions, nous avions proposés une alliance FI,PCF, EELV (pas le PS) en ne présentant qu’un seul candidat par circonscription. Cette alliance avait le mérite de permettre d’avoir une chance d’être, au minimum, présents au second tour. La réponse de la FI à été une fin de non recevoir sous prétexte que les différents groupes d’appui étaient seuls maîtres de leur décision .
    Alors, la FI pour le rassemblement avec le PCF?

  9. Il est effectivement dommage que cet « éclairage » reprenne à son compte le terme populiste sans même en donner une définition.
    Quant aux tensions- réelles- qui existent entre communistes et responsables LFI, les responsabilités sont partagées à mon avis.
    En tant que membre du PCF, je commencerai à interroger celles de ce parti. On voit bien que le PCF n’est plus un vrai parti. Ainsi du travail de ses élus : les élus font leur travail un peu dans leur coin, avec une concertation minimale et sans plus de base populaire, et sans même que leur action soit discutée contradictoirement au sein du parti (mais il est vrai que celui-ci donne parfois l’impression d’etre du point de vue des débats en quasi mort cérébrale!). C’est vrai du domaine le plus local (que je connais un peu, par force) jusqu’à l’échelon européen d’après ce que les uns et autres peuvent me raconter ou ce que je peux dire après lecture de leur compte-rendus de la part de ces élu.e.s mêmes. Chacun.e se débrouille avec ses convictions, et ses actions sont plus ou moins acceptées par des militants de plus en plus réduits en nombre et en ressource. Les aides indispensables pour faire un bon boulot d’élu reposent sur une le bon vouloir de quelques ami.e.s membres du pcf ou non d’ailleurs.
    LFI – qui ne se réclame pas du communisme mais maintenant du socialisme- n’est pas non plus exempt de critiques dans ses actions, d’ambiguités même. Certains chez LFI continuent d’en vouloir au « Père » communiste, comme si on était encore en 1974. L’action revendicative leur est souvent inconnue pour peu qu’elles/ils proviennnent plutôt des classes moyennes. Le » saut » militant des électeurs des classes populaires reste d’ailleurs SON problème … et donc le nôtre à tous à court terme (car ce n’es pas le pcf de André Chassaigne qui va attirer les foules)!!
    Dans un message au ‘printemps’ d’il y a une dizaine de jours j’ai évoqué les retrouvailles des militants communistes et socialistes en 1934. C’est une idée qui fait son chemin semble-t-il. Mais quand on lit l’article sur les suites des perquisitions dans l’HD du 25/10/18, ou pire celui de l’Huma du 30/10, on se dit que la tâche ne va pas être aisée. Et pourtant l’Huma est bien nécessaire, plus que jamais.

    Dernière chose : il est aussi dommage que ce texte ne soit pas signé. Car finalement qui parle au nom du « printemps »?

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