La France Insoumise : adversaire à combattre ou alliée potentielle ?

La France Insoumise : adversaire à combattre ou alliée potentielle ?

6 septembre 2018 15 Par Printemps du communisme
La France Insoumise : adversaire à combattre ou alliée potentielle ?

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Les communistes ne peuvent que se sentir agressés par la stratégie « dégagiste » que la France Insoumise applique aussi violemment à ses adversaires néolibéraux qu’à notre Parti, pourtant co-fondateur du Front de gauche qui a permis l’installation de JL Mélenchon au premier plan de la vie politique.

En outre, le « populisme de gauche » dont se réclame ce mouvement nous pose deux sérieux problèmes. Les seules relations que la FI accepterait aujourd’hui d’avoir avec nous seraient de fusion-dissolution du PCF dans la FI, ce qui est évidemment inacceptable et fait obstacle à un rassemblement pourtant indispensable des forces de la gauche de transformation sociale. Et de l’autre, il manifeste des tentations réellement populistes que nous ne pouvons que combattre parce qu’elle sont dangereuses : sur l’Allemagne, par exemple, ou en mettant en avant l’opposition « peuple/caste » plutôt que la critique du capitalisme, ou encore en tentant de façon risquée, sur des thèmes comme la Nation ou la laïcité, de rassembler les mécontents « des deux rives »

Mais d’un autre côté, nous ne pouvons pas en rester à ce constat, et ceci pour plusieurs raisons politiques importantes :

1. L’une des constantes de l’action des communistes, de Marx à aujourd’hui, est en effet de travailler à unir politiquement les forces sociales qui aspirent à une profonde transformation de l’ordre existant, ce qui passe nécessairement par un rassemblement des forces politiques qui les représentent et portent cette aspiration. Or il est indéniable que LFI est l’une de ces forces, et aujourd’hui de loin la plus importante.

  • Sur le fond, le projet politique de LFI n’est pas le nôtre, c’est évident, y compris sue certaines questions importantes. Mais il prône comme nous une rupture avec le néolibéralisme : c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avions créé le Front de gauche avec Jean-Luc Mélenchon. Et son programme actuel s’inspire encore très largement de celui du Front de gauche, l’Humain d’abord.
  • Et sur le plan électoral, il est la force politique qui représente le plus l’électorat que nous visons à rassembler pour ouvrir une alternative.

En 2012, JLM a rassemblé l’essentiel de l’électorat de la gauche de transformation sociale qui, sauf en 2007, faisait globalement environ 13% à chaque élection présidentielle depuis 1995. En 2017, il a en plus repris ¼ de l’électorat de F. Hollande cinq ans avant, ce qui représente à peu de choses près le niveau de l’électorat communiste avant le début de sa chute en 1981. Et il renoue de surcroit avec des catégories populaires qui s’était éloignées depuis longtemps, soit dans l’abstention, soit en allant vers le PS, puis vers la LCR/NPA et LO.

Aux législatives, le résultat est différent mais de même nature. Le PCF faisait plus de 20% avant 1981, 4,82 en 2007 et 2,72 en 2017. LFI rassemble cette année-là 11,03%, contre 6,91% au Front de gauche en 2012. Là aussi, malgré l’abstention – particulièrement forte dans les milieux populaires – LFI permet un net progrès dans le rassemblement de l’électorat « traditionnel » du PCF et de la gauche de transformation sociale.

2. La seconde raison est qu’une confrontation électorale avec LFI diviserait gravement le « camp » de la transformation sociale. Et toute l’expérience montre que c’est son rassemblement qui crée l’espoir et la dynamique, et la division qui fait perdre tout le monde. Nous n’en profiterions pas plus qu’aux élections législatives de l’an dernier, et ce serait l’échec pour tout le monde. Or si l’espoir qui est né en 2012 avec le Front de gauche et s’est amplifié en 2017 disparaît, nous risquons fort de nous retrouver dans la calamiteuse situation italienne où la gauche tout entière a disparu du paysage politique. En ce moment où les peuples n’en peuvent plus de la crise et que montent en puissance les forces d’extrême droite, ce serait une catastrophe pour très, très longtemps.

3. Et la troisième raison est que l’échec de LFI ne ferait en rien remonter l’influence de notre Parti. Bien que ce mouvement occupe un espace électoral qui fut jadis le nôtre, il n’y a pas de vases communiquant entre lui et nous. Notre affaiblissement est bien antérieur à l’apparition de LFI : André Lajoinie faisait déjà moins de 7% en 1988, il y a 30 ans, sans même parler de 2002 et 2007. C’est en inventant une conception actuelle, moderne, attractive du communisme, capable d’intéresser et même d’enthousiasmer les femmes et les hommes qui luttent contre le capitalisme et espèrent une alternative que nous reprendront une place importante dans la vie politique. Alors que si nous combattons LFI, nous signifierons à l’électorat qui fut le nôtre, et qui se retrouve aujourd’hui en elle, que, à nos yeux, c’est lui qui se trompe. Et nous apparaîtrons comme une force de division.

Certes, aujourd’hui, LFI ne veut pas de rassemblement avec nous. Mais l’union est un combat. La façon la plus sure de le perdre, c’est de ne pas le mener. Il nous faut donc tout faire pour débloquer la situation en agissant sur deux plans :

  • Porter en toutes circonstances l’exigence de rassemblement. Et cela, dès les européennes, en proposant et travaillant à des listes coordonnées à l’échelle européenne, avec LFI et toutes les forces de transformation sociale possibles. Nous pouvons pour cela :
    • impulser partout la création d’assemblées citoyennes visant cet objectif, et qui poursuivraient leurs efforts au delà des européennes en vue des élections ultérieures.
    • Ouvrir un débat public très large avec toutes celles et tous ceux qui souhaitent la convergence de toutes les forces de transformation sociale dans un Front commun.
    • Retrouver les conditions d’un débat politique serein avec LFI, en proposant de sortir de la logique de confrontation et de petites phrases.
    • S’appuyer sur les tentatives récentes de LFI d’ouverture à gauche en proposant officiellement de discuter de la création d’un Front commun pour battre les forces néolibérales, la droite et l’extrême droite.
  • Et indissociablement, combattre avec constance, et par la raison, toutes les tentations populistes.