Gilets jaunes,élections européennes : le PCF doit reprendre l’initiative

Gilets jaunes,élections européennes : le PCF doit reprendre l’initiative

27 janvier 2019 0 Par Printemps du communisme

Le contexte des gilets jaunes et la perspective de la division de la gauche inquiètent de nombreux responsables et militants communistes. Par cette tribune, nous avons décidé d’interpeller directement les membres du conseil national du PCF qui se réunissent le 26 janvier.

Hadrien Bortot (75), Nicole Borvo (75), Marie-Pierre Boursier (92), Silvia Capanema (93), Patrice Cohen-Seat (75), Bernard Cois (71), Fanny Gaillanne (75), Grégory Géminel (94), Frédérick Genevée (94), Vanessa Ghiati (92), Robert Injey (06), Yann Le Lann (92), Sonia Masson (75), Frank Mouly (77), Michel Nouaille (91), Gilles Poux (93), Marjolaine Rauze (91), Saïda Safir (72), François Salamone (91), Jean-Michel Ruiz (95), Mélanie Tsagouris (55)

Dans quatre mois se dérouleront les élections européennes. Et les conditions sont désormais réunies pour une victoire historique de l’extrême-droite et de la droite extrême, trop heureuses d’accéder si aisément au statut de porte parole politique d’une colère populaire que les miettes arrachées à Macron ne sauraient satisfaire. LREM, quant à elle, pourtant rejetée par une très lourde majorité du peuple français, parviendrait à s’ériger comme seul rempart aux nationalismes et à l’extrême-droite, aux dépends d’une gauche profondément marginalisée.

Sur les ronds-points, malgré les tentatives de l’extrême droite pour infiltrer le mouvement, ce sont pourtant les mots de « justice sociale et de justice fiscale », de « Smic », « d’ISF », de « services publics » qui ont progressivement pris le dessus. Sur les ronds-points, on dénonce plus volontiers le banquier ou le rentier, que le chômeur ou le sans papier. Sur les ronds-points, les hommes et les femmes qui se rassemblent sont des salariés et retraités pauvres, des petits producteurs, des travailleurs uberisés : des populations que nous avons longtemps cherché en vain à mobiliser et qui faisaient défaut lors des précédentes grandes mobilisations. Ces thèmes comme ces foules surgissant à nouveau dans le débat public, attestent peut-être qu’une conscience de classe trop longtemps éteinte ferait retour. Ils témoignent probablement aussi du travail accompli depuis vingt ans par la gauche de transformation sociale, pour maintenir des repères et de l’espoir.

Mais en dépit de ces indices prometteurs sur le plan de la bataille des idées, tout porte à croire que nous sommes sur le point de perdre la bataille politique. Faute de capacité à innover, nous ne savons pas bâtir les indispensables passerelles entre les traditions politiques de la gauche transformatrice, et ces formes nouvelles de contestation et de mobilisation. Faute de volonté de se rassembler, les prochaines échéances européennes vont nous trouver divisés comme jamais. Chacune dans son couloir, les forces transformatrices semblent avoir décidé de sauter un tour, ou de se satisfaire de résultats mauvais voire catastrophiques.

La France insoumise affaiblie par la séquence politique de l’automne, et surtout par une stratégie qui l’a conduit à s’isoler plutôt qu’à fédérer, semble se satisfaire de ce que lui promettent les sondages : faute d’être l’alternative principale à Macron, demeurer la principale force de ce qui reste de la gauche (promise au total à moins de 25% !). Le PS lui, achève de sombrer faute d’un retour critique sur sa dérive libérale. Quant au parti communiste, il est une fois de plus illisible. Ses dirigeants ou candidats parlent sur tweeter de « large rassemblement » mais font tout le contraire, en travaillant à une liste de témoignage, conséquence des ambiguïtés de notre récent congrès. Avec de piètres résultats en perspective : malgré les appels « à mettre le turbo », malgré les efforts de notre « tête de liste », la campagne des européennes patine, faute d’un contenu clair et d’un effort sincère visant au rassemblement. Avec au bout le risque de plus en plus tangible pour le parti communiste de se trouver éliminé du parlement européen et de confirmer son effacement du paysage politique.

Il est bien tard certes, mais pas trop tard pour éviter la catastrophe que constituerait cette disparition et pour bâtir un rassemblement qui refuse à l’extrême droite, le leadership de l’alternative au libéralisme. La clôture du dépôt des listes n’est que le 3 mai 2019. Mettons à profit ce temps-là pour que le parti communiste reprenne l’initiative. Il doit d’abord – on pourrait dire « enfin », sortir de sa posture de commentateur du mouvement des gilets jaunes (« c’est intéressant mais… ») et appeler sans ambiguïté à participer massivement et partout en France aux mouvements sociaux en cours, comme le font d’ores et déjà de nombreux communistes qui ne comprennent pas ces tergiversations. Ainsi, la réussite de la journée d’action du 5 février, qui fait désormais bien commun entre gilets rouges et gilets jaunes, doit devenir une priorité.

Concernant les élections européennes, la responsabilité du PCF est de faire vivre une visée révolutionnaire, de lancer un appel et une campagne publique visant à constituer ce rassemblement de la gauche transformatrice, en priorité avec les forces avec lesquelles nous avons le plus en commun, la France insoumise, mais également le NPA et Générations. C’est pourquoi nous, militant·es, élu·es et dirigeant·es du parti communiste demandons, ainsi que le conseil national peut en disposer, que cette proposition politique soit à l’ordre du jour de la consultation des communistes, les 2 et 3 février prochains.

Tribune publiée sur le site de Regards.fr et de l’Humanite.fr