Et maintenant : élargir, rassembler, inventer !

Et maintenant : élargir, rassembler, inventer !

31 mai 2019 10 Par Printemps du communisme

Partout en Europe, les élections européennes ont été marquées par de mauvais résultats pour la gauche, et notamment la gauche de transformation sociale. Le nombre des élu·e·s du groupe de la GUE connaît un net recul (passant de 52 à 38) alors que l’extrême droite de l’ENL progresse dans des proportions inverses, la sociale-démocratie poursuit son effondrement, le groupe S&D perdant plus de 40 sièges.

Si ce vote confirme le rejet de la mondialisation capitaliste et une préoccupation montante pour les questions écologiques, paradoxalement il ne traduit pas les aspirations qui se sont exprimées puissamment depuis 6 mois en France. Alors même que le mouvement des gilets jaunes, comme une majorité de nos concitoyens, expriment une aspiration renouvelée pour les valeurs d’égalité, de démocratie et mettent en avant la question sociale, le résultat du vote donne un fort avantage aux forces qui font des inégalités un moteur, et de l’autoritarisme une méthode (LREM, LR et le RN).

En France, avec à peine 30%, la gauche fait un score historiquement bas malgré la traditionnelle percée des écologistes dans ce scrutin. Le rejet d’une sociale-démocratie minée par 30 ans de dérive libérale se confirme sans qu’une alternative au Parti socialiste ne se dessine. Pire, les progrès réalisés par la gauche de transformation sociale lors des précédents scrutins sont effacés. Même si elle pourra compter sur 6 élus, la France Insoumise connaît un très grave revers (avec la perte d’un million de voix sur les législatives de 2017) faute d’avoir contribué concrètement à faire converger les forces de transformation sociale. Son refus de choisir entre stratégie populiste et refondation de la gauche a brouillé un peu plus une image, déjà entachée par des logiques perçues comme sectaires et une certaine forme de brutalité. Le véritable défi reste bien celui de refonder et élargir la gauche à partir des aspirations populaires.

Quant au Parti communiste français, il franchit une nouvelle étape dans son affaiblissement, avec le score le plus faible de son histoire pour ce scrutin et la perte de tous ses élu·e-s européen·ne-s. Malgré une participation identique, il enregistre même un nouveau recul sur le premier tour des élections législatives de 2017 (615 487 voix contre 564 717 ce dimanche) qui était pourtant jusqu’alors à son étiage le plus bas à une échéance nationale. En dépit de la bonne campagne de Ian Brossat et de la mobilisation des communistes, le miracle n’a pas eu lieu. Au contraire, loin d’enrayer l’effacement du Parti communiste, la stratégie issue du dernier congrès, d’affirmation identitaire déconnectée de toute perspective et même de toute ambition de rassemblement, est en passe de précipiter sa disparition. Elle confirme que tous les efforts de communication, tous les efforts de surmobilisation militante sont vains lorsqu’ils sont déconnectés du réel et d’une perspective politique concrète dépassant le cercle du parti. Pire, ils épuisent les militant·e·s dans la vaine répétition de démarches obsolètes au lieu de consacrer l’énergie et les forces disponibles à inventer le nouveau.

Certes, ce triste résultat est malheureusement tout sauf une surprise. Les communistes qui ont défendus le texte du « Printemps du communisme » au dernier congrès ont sans relâche alerté sur l’impérieuse nécessité de renouveler notre projet pour inventer un communisme de notre temps, et de rassembler toutes les forces de transformation sociale dans un front commun. Or, ces chantiers ont été absents de la campagne. Sur des questions essentielles qui exigeaient dans cette campagne une parole forte et nouvelle, nous en sommes restés à nos positions habituelles, à commencer par l’Europe elle-même, ou l’écologie qui a joué un rôle majeur dans les choix des électeurs et notamment de la jeunesse. Quant aux appels à l’unité entendus ici ou là dans la campagne, ils se limitaient à évoquer des accords d’appareil, et furent prononcés sans conviction, étant souvent de pure opportunité dans un jeu de poker-menteur à gauche, sur qui ralliera les déçus des divisions.

Nous payons notre incapacité à faire vivre l’idée et le combat communiste dans les conditions du XXIème siècle. Le scrutin en témoigne dans l’Europe toute entière, en l’absence d’effort pour renouveler ce combat et cette idée, les partis communistes ne sont plus perçus comme porteurs d’avenir, et nous n’échappons pas à cette règle.

Au lendemain de cet échec, nous ne pouvons nous résoudre à ce que le déclin de ce parti et des idées qu’il porte se poursuive sans que rien de neuf ne soit tenté.

D’abord, il est indispensable que les communistes examinent collectivement et sans tabou les raisons qui ont conduit à ce résultat déplorable. Or, à ce stade, la déclaration de notre parti au soir du vote, particulièrement faible, ne donne aucune clé pour comprendre les raisons de cette déconvenue. Plus grave, elle affirme contre toute évidence que notre remontée serait en bonne voie. Jusqu’où faudra-t-il que notre influence et notre Parti lui-même s’affaiblissent avant que les communistes soient appelé·e·s à ouvrir les yeux sur notre situation catastrophique et à y apporter de vraies réponses?

Ensuite, il faut bien sûr que s’ouvre enfin le chantier d’un communisme du XXIème siècle. Différer ce travail, c’est différer notre capacité à ce que nos idées puissent progresser. Convaincre par exemple que le combat communiste soit une écologie demandera plus qu’un anglicisme au détour d’un tract de campagne (#RedIsTheNewGreen). Il s’agit bien de repenser tout notre mode de vie actuel, et bien sûr, notre mode de production qui démontre clairement l’incompatibilité entre capitalisme et préservation de la planète. Et la démocratie : comment ne pas voir que l’abstention massive des classes populaires de gauche traduit non seulement une critique radicale de nos institutions, mais aussi un rejet massif des partis centralisés et verticaux qui nous atteint nous aussi ? Quand nous déciderons-nous à nous remettre en question pour penser et porter un projet de démocratie radicale qui réinvente la relation entre citoyens et sphère politique?  Et dans combien d’autres domaines en est-il ainsi ?

Enfin, à court terme, nous devons absolument prendre une initiative politique d’ampleur pour la création d’un rassemblement d’un nouveau type. Les citoyennes et citoyens, gilets jaunes, salarié·e·s ou chômeur·euses, les hommes et femmes des quartiers populaires, la jeunesse qui refuse le modèle productiviste insensé du capitalisme, toutes celles et tous ceux qui sont privés de parole jusque dans le résultat des élections, doivent reprendre la main. Nous devons contribuer à construire la maison et l’outil d’aujourd’hui dont ils ont besoin, au service de la transformation démocratique, écologique et sociale. Et pour cela, nous donner l’ambition de construire dans une démarche d’Education Populaire, c’est à dire avec les gens, sur le terrain, dans l’expérience d’un communisme qui se concrétise effectivement dans la vie de tous les jours.

Ces chantiers sont immenses. Ils supposent un changement profond de nos conceptions et de nos pratiques auquel nous devons nous atteler dès maintenant. Et d’un même mouvement, il faut apporter notre contribution à une réaction forte des forces de gauche porteuses d’alternative, qui doivent se mettre à hauteur du péril et chercher ensemble les moyens de faire enfin du commun.  Le temps n’est pas à la défense d’une « identité » du Parti fiévreusement recherchée dans les choix du passé, mais dans notre capacité à inscrire le communisme dans le présent. Ouvrons les portes et les fenêtres, tournons-nous vers l’avenir, et engageons avec confiance tous les débats qu’appelle la gravité de la situation. Il est plus que temps de fédérer toutes les forces de transformation sociales, sans monopole et sans exclusivité. C’est ainsi seulement que nous nous rendrons utiles et retrouverons alors le lien qui nous fait aujourd’hui si cruellement défaut avec les travailleurs et les jeunes de notre pays.

Hadrien Bortot
Bernard Cois
Silvia Capanema
Robert Injey
Frank Mouly
Saïda Safir