Ecocologistes debout !

17 avril 2018 0 Par Printemps du communisme

Contribution par Fanny Gaillanne Marie Pierre Boursier Grégory Géminel

L’exploitation capitaliste épuise les hommes et détruit la nature. Cette double évidence, déjà présente chez Marx, n’a été que pour partie prise en compte par le mouvement ouvrier. A une époque où l’impact du productivisme sur la nature n’était pas aussi perceptible, les luttes de classes ont presque complètement ignoré l’enjeu écologique. Aujourd’hui, les luttes sociales et écologistes doivent devenir deux dimensions inséparables du combat communiste.

Cela fait plus de cinquante ans que des chercheurs et des militant-t-es dénoncent l’illusion irresponsable d’une croissance infinie dans un monde fini, alertent sur les impacts environnementaux du productivisme et mettent en cause le capitalisme. Et cela va faire trente ans que le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution) a établi la responsabilité humaine dans la dérégulation climatique. La prise de conscience des dangers immenses qui menacent l’humanité progresse dans le monde entier. Mais le capitalisme se défend. Au nom de l’emploi et de la croissance, il freine des quatre fers et tente de faire croire à la fable d’un capitalisme vert qu’il nomme pudiquement « économie verte ». En novembre dernier, la 24ème conférence des parties, association de tous les pays Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, a certes permis d’asseoir à une même table responsables politiques, scientifiques, entreprises,syndicats, activistes et citoyens afin d’élaborer des réponses communes aux nouveaux défis, mais elle n’a abouti qu’à des accords de principe déjà obsolètes avant même leurs entrées en vigueur. Au fil des années, ces négociations ont été accaparées par les multinationales et les intérêts financiers afin d’empêcher toutes nouvelles réglementations et pour au passage redorer leurs images publiques.

Le tableau est le même du côté des menaces sur la biodiversité. La disparition d’un tiers des oiseaux en vingt ans ou la dramatique diminution du nombre des abeilles et des insectes a provoqué récemment une grande émotion. Mais elle est loin d’être à la mesure d’un phénomène global qui pourrait mettre en péril l’existence même de notre espèce. Et la résistance acharnée des États et de la Commission européenne à décider l’interdiction des pesticides, dont la responsabilité ne fait plus de doutes, montre que ce combat vital sera sans merci : la seule façon de conjurer le danger est de dépasser le capitalisme pour aller vers un autre système social.

L’écologie est ainsi devenue un des terrains essentiels des luttes contre un capitalisme plus aveugle que jamais aux conséquences dramatiques de sa course mondiale et effrénée au profit. C’est pourquoi, après en avoir nié l’enjeu, les forces qui le soutiennent ont engagé le combat sur le terrain écologique lui même. Il n’y a donc pas aujourd’hui une écologie, mais au moins trois qui s’affrontent politiquement.

La première, libérale, soutient que l’économie de marché peut prendre en compte à elle seule la question environnementale. Les termes « économie verte » et « développement durable » sont apparues dans la foulée. De plus, les solutions sont supposées ne venir que des individus eux-mêmes appelés à modifier légèrement leurs comportements, à une sobriété individuelle, dans un sens plus « durable » : couper l’eau quand on se lave les dents, éteindre la lumière quand on quitte une pièce (comme E. Macron en a fait une mise en scène à l’Elysée), etc. S’ils sont utiles à une prise de conscience de la nécessité d’un changement culturel, ces « petits gestes pour la planète » ont surtout pour objectif de détourner l’attention des citoyens et citoyennes des causes systémiques du dérèglement climatique, de la destruction en cours de notre environnement, et des véritables responsabilités.

La seconde, autour du PS et de Générations, entend appliquer à l’écologie les recettes sociale-démocrates qui ont déjà échoué à réduire les inégalités sociales. Un jeu de dupes classique fait d’adaptations aux injonctions de l’UE et in fine de renoncements pour la cause écologique.

Le communisme doit aujourd’hui s’inscrire pleinement dans la troisième, qui considère l’écologie comme une critique globale du capitalisme qui exige non seulement de modifier notre manière de vivre et consommer mais aussi de produire et travailler.

Parce que le capitalisme exploite avec la même frénésie les êtres humains que la Nature, et parce que notre « village-monde » est aussi fragile qu’un corps humain, être communiste et être écologiste ne doivent désormais plus faire qu’un.

Pourtant, comme le soulignait la contribution « Pour un printemps du communisme », « aujourd’hui encore nous avons le plus grand mal à nous investir réellement dans les luttes écologiques qui pourtant, fondamentalement, mettent en cause le modèle productiviste/consumériste du capitalisme et cristallisent à leur façon l’exigence d’une alternative de civilisation ». Nous demeurons ainsi encore trop extérieurs, et parfois même opposés à des luttes qui se multiplient sur tous les terrains : mode de vie déshumanisant, consommation à outrance, souffrance animale, ferme des 1000 vaches, dangers insupportables des énergies fossiles et nucléaires (production, stockageet enfouissement des déchets radioactifs), course effrénée à l’eau, à la terre, aux métaux, etc. Les évolutions attendues ne doivent pas seulement toucher à la propriété des moyens de production, à la répartition des richesses et à la démocratisation de nos instances politiques mais aussi à nos rapports humains et à nos modes de vie. L’écologie nous pousse à nous réapproprier la question des finalités de la production (que produire ? pourquoi ? pour qui ? comment ?) à l’image des FRALIB de Gémenos qui ont développé une gamme bio et équitable après avoir repris leur usine de thés en autogestion. En se réappropriant ces questions, le PCF, ses dizaines de milliers de militant-e-s et élu-e-s peuvent être des acteurs forts de la transition écologique de notre société.

Les acteurs des ZAD développent de nouvelles idées, de nouveaux besoins et questionnent les pratiques actuelles, souvent héritées de processus d’industrialisation de l’agriculture suite à la Seconde Guerre Mondiale. Leurs objectifs ne sont pas de détruire le monde paysan comme on peut l’entendre dire parfois mais lutter contre un modèle productiviste destructeur tant pour les écosystèmesque pour l’Homme. Des expériences intéressantes, comme par exemple la perma-culture, sont menées. Des agriculteurs s’élèvent de plus en plus face à ces pesticides toujours plus nocifs pour leur santé. Comment peut-on accepter un modèle où le cultivateur doit enfiler une combinaison de la tête au pied pour éviter toute intoxication, brûlures ou asphyxie ?

Le mouvement contre les grands projets inutiles est une des luttes les plus intéressantes actuellement où se rencontrent des individus de divers horizons : écologistes, agriculteurs menacés d’expropriation, nouveaux paysans, créateurs, mouvements autonomes, amoureux de la nature, élu(e)s. D’un projet d’aéroport, de grand centre commercial ou de poubelle nucléaire comme à Bure détruisant des exploitations naît un mouvement prônant de façon très diverse une critique radicale de notre société capitaliste destructrice et consommatrice d’espace : non pas un naïf « retour à la nature » ou à la bougie, mais une transformation un dépassement du capitalisme. À travers ces nouvelles luttes et aspirations pointent le nez de la question du foncier, de l’autonomie alimentaire et des travailleurs, le lien à l’animal, le respect de l’environnement, les échanges commerciaux ou non, l’intégration des personnes en dehors des clous, l’égal accès de toutes et tous aux biens essentiels à une vie digne. C’est une analyse globale visant au renouvelant des modes de production, prônant la propriété collective des ressources et des terres, dénonçant les multinationales et la financiarisation, reposant de nouvelles bases dans les rapports entre producteur et consommateur, renforçant la démocratie.

L’écologie, qui appelle à un changement philosophique basé sur l’échange et le partage, n’est pas un frein mais bien une dimension supplémentaire qui renforce la pensée communiste. Elle élargit le cadre de réflexion grâce auquel les salariés pourront se donner les moyens de questionner les choix politiques, économiques et techniques faits en leur nom. Et elle est source d’innombrables expériences de luttes, de convergences techniques et technologiques, de partages humains, de convivialité, d’éducation populaire, de désaliénation et de paix. Sur ce terrain « communiste par nature » (comme sur beaucoup d’autres), le prochain Congrès du PCF sera « extraordinaire » s’il permet de prendre enfin l’offensive. Nous ne dépasserons pas le capitalisme en faisant mieux ou autrement la même chose que lui mais en modifiant radicalement les objectifs mêmes de l’activité humaine. C’est à une nouvelle civilisation que nous devons penser et travailler. Le communisme sera un écologisme ou il ne sera pas.

Merci à Thibaut