Claude Mazauric soutien le texte « Se réinventer ou disparaître »

Contribution à la discussion du 1er septembre 2018 à Domessargues (Gard)

Les quelques paroles écrites qui suivent n’ont pour fin que de donner mon appréciation première et globale sur les quatre textes soumis à notre éventuelle approbation de membres du Pcf en vue du prochain Congrès qui se réunira à Ivry en fin d’année. Après mûre réflexion, je me suis convaincu d’apporter mon soutien affiché au texte N° 2, intitulé : « Se réinventer ou disparaître ! Pour un printemps du communisme », non parce que je tiendrai cet exposé pour un monument de la pensée politique ou théorique mais tout simplement parce que j’y retrouve, évoquées avec modestie et pertinence, quelques questions fondamentales, observations critiques, analyses et propositions, qui m’ont paru pleines de lucidité, utiles, convaincantes … Cela, pour autant évidemment qu’on se tienne disposé à être convaincu, ce qui devient problématique – comme nous le constatons chaque jour – pour nombre de militants communistes, d’aujourd’hui, d’hier, et si souvent d’autrefois.

Pour le dire simplement avant tout autre commentaire, la lecture des textes N° « trois » et « quatre », qui ont reçu le soutien de camarades éminemment respectables, n’a guère retenu mon attention. Non parce que ces contributions seraient mal rédigées ou mal construites, voire incohérentes ou dénuées de savoir ou d’intelligence, loin de là … : cela, notamment, dans le rappel insistant qu’ils font des désastres produits par les réalités de la suraccumulation capitaliste dans l’un, ou, dans l’autre, des effets de contre-révolution qui dominent dans le monde depuis la quasi-liquidation, à l’échelle de la planète entière, du « socialisme » qu’on tenait pour « réel ( !) » jusqu’en 1990. Mais mon sentiment d’ensemble se fonde tout simplement sur l’impression d’être confronté, en parcourant ces contributions, à l’expression d’un archaïsme volontaire et délibéré. Le référentiel historique, théorique, culturel et langagier, qui inspire leur rédaction ne les rend pas pertinents, à mes yeux, dans la situation historique présente. La sorte de background discursif qui les fonde peut leur valoir paradoxalement, ici ou là, quelque sympathie et même des retours de flamme nostalgiques, qui, relevant de ces sortes de rêveries rétrospectives auxquelles il m’arrive moi aussi de me laisser aller, éveillent notre sensibilité et relancent nos élans affectifs, mais dans la mesure où un texte de congrès politique doit se donner pour objectif partisan (au sens propre) de devenir opérationnel autant que faire se peut, les deux textes N° « trois » et « quatre » m’ont paru trop décalés des rapports de forces et des gravissimes enjeux du monde actuel pour que je puisse me persuader de les soutenir.

Le premier texte, document statutairement retenu par la majorité du Conseil national du Pcf comme proposition de « base commune » à la délibération préparatoire au prochain congrès, se veut ouvert à de multiples propositions conformes ou alternatives à telle ou telle des 48 « thèses » avancées. Augmentée de quelques « directions de débat » surajoutées et qu’il propose de discuter, d’approfondir ou d’amender avant de les consigner, la proposition de base commune du CN se donne pour objet d’engager un débat de fond. Derrière la forme insolite et nouvelle du dispositif proposé, et sans négliger de souligner le gros effort de rédaction, voire de précision conceptuelle, entrepris ici ou là à cette occasion, je ne me sens cependant aucunement porté à l’approuver dans sa globalité et dans son économie discursive. N’éprouvant nullement le désir de décortiquer dans le détail et par écrit, en abusant du temps de celles et ceux qui sont conduit.e.s de toute façon à en prendre connaissance, je constate que de manière générale, ce document traite de tout, tantôt vu de très haut, souvent d’un point de vue plus simplement factuel, et se présente implicitement (et quelquefois explicitement) comme une sorte de plaidoyer pro domo. Je m’en tiendrai donc ici, à exposer sous forme d’appréciations critiques, deux observations générales :

1) S’agissant du « communisme » qui est notre raison d’être (du moins est-ce le cas pour moi-même) et qui contribue à nous qualifier en tant que parti, je ne peux me satisfaire de l’approche proposée. Il me faut quand même réaffirmer ici que sans la référence au « communisme », notre qualification propre ne serait pas grand-chose par rapport aux autres formations politiques républicaines « démocratiques » ou de « gauche » s’inscrivant dans l’horizon historiquement construit de la vie politique et des idéologies sociales constitutives de la culture politique de la France. On sera pourtant bien en peine à la lecture du projet de base commune adopté par le Conseil national, de savoir synthétiquement de quoi, avec le « communisme », il est fondamentalement question.

Face aux trois calamités qui dominent l’histoire saisie en très longue durée de l’espèce humaine depuis la révolution néolithique, savoir :

a) en premier lieu, le système inlassablement reproductible, reproduit ou recomposé, de domination sociale soumettant les dominés aux dominants par l’exercice de rapports de forces et de violences factuelles, progressivement jugées légitimes, donc légitimées et institutionnalisées, mais aussi aléatoirement imposées par les guerres, épisodes périodiques mais consubstantiels au système structurel de domination ;

b) ensuite, le rapport d’exploitation qui assure aux exploiteurs l’appropriation, au-delà des reproductions de la force productive, des survaleurs extorquées avec l’aval des puissants en conséquence de l’invention du droit et des organismes du pouvoir social qui en forment la matrice fonctionnelle ;

c) enfin, la construction des dispositifs de type culturel qui contribuent à tenir les sociétés humaines et l’imaginaire des humains dans les prisons de longue durée de la conscience aliénée,

le communisme s’inscrit, lui, radicalement à l’opposé de cet univers calamiteux !

Le communisme c’est le rejet polémique de la prétendue fatalité (« nécessité ») de l’organisation des sociétés humaines au sein desquelles se sont formées, depuis dix mille ans, les civilisations dont nous reprenons et remanions l’héritage à chaque génération. Le communisme, c’est le dégagement conceptuel d’une autre voie alternative, celle de la critique théorique et pratique ayant valeur d’altercation permanente du système d’oppression et de brouillage des consciences : il est donc un appel aux résistances pratiques qui sont bien vite devenues, partout sur le globe, des « luttes de classes » ; c’est enfin l’entreprise de création d’une alternance radicale, persévérante et cumulatrice de ce qui jaillit de l’expérience des luttes collectives et de ce qui contribue par mille canaux à la désaliénation idéologique des opprimés, des exploités, des soumis : le communisme, c’est donc la voie inlassablement produite de la résistance à l’embrigadement conservateur et le refus de toutes les variétés, non d’inévitables compromis transitoires et temporaires avec le commun courant des choses de la vie, mais le rejet de principe de ces compromissions morales et politiques qui sont érigées en système de pouvoir exercé dans les sociétés de classes. Ce faisant, le communisme est essentiellement le produit d’une histoire qui se recompose et se reconfigure inlassablement au fil de l’évolution humaine, laquelle doit être saisie en longue durée et à l’échelle du globe. Le communisme est donc appelé en permanence, et en se chargeant de ses réminiscences principielles, en faisant retour permanent sur sa propre mémoire assumée et critiquée au gré du mouvement des réalités, puis en déconstruisant et en remaniant le socle de ses héritages conceptualisés, il puise dans le présent des luttes et des aspirations, formulées ou non, l’essence de ce qui devient l’alternative concrète à l’oppression des sociétés de classe, c’est à dire, l’embryon de ce qui s’oppose inévitablement à la linéarité supposée du lendemain. Le communisme n’a de valeur présente que par ce qu’il extrait de raison dans l’histoire qui le précède au moment même où il se proclame et dont il procède pour une part : le communisme n’a pour avenir que ce que, dans chaque moment historique ou espace social, il contribue à produire, en premier lieu pour abolir les dominations, en second lieu pour anéantir les formes légitimées d’exploitation de la force humaine par les appropriateurs privatifs des survaleurs produites par le travail commun, enfin, en contribuant à l’émancipation de l’imaginaire humain pour assurer l’emprise intellectuelle de l’humanité sur ce monde-ci qui est son berceau et le lieu présent de son actualité.

Ce qui ne me convient pas dans le texte de « base commune » proposée par le Conseil national, c’est que la question du « communisme », y est traitée de manière a-critique et éclatée, se présentant sans histoire ni nécessité réellement pensées : en quoi nous-mêmes et nos descendants devraient-ils dans ces conditions se dire « communistes » et le devenir en pratique, notamment dans le débat politique, surtout quand celui-ci devient particulièrement difficile ? Marqué par ce « présentisme » à la mode qui est devenu la forme actuelle la plus répandue de l’abrutissement théorique (Macron en offre un stupéfiant exemple dont le Premier ministre lui-même, pourtant ancien sarkoziste, n’en paraît quelquefois que la copie modeste !), le projet de base commune adopté par le CN, m’a paru irrémédiablement, et je l’écris sans plaisir, dominé par cet effet de temps court sur sa démarche. Ce qui, selon moi, en signera la caducité prochaine.

2) Sur un autre plan plus concret, je n’aime pas que le projet de base commune adopté par le CN, paraisse esquiver (esquivait plus encore dans sa présentation initiale !) la responsabilité politique du Pcf et de sa direction dans la phase de contraction redoublée de son influence où nous sommes plongés. Désormais, plus que jamais nous sommes devenus un acteur subalterne dans l’espace public. Depuis quinze ans au moins pour ne pas remonter plus haut, nous ne cessons de perdre de la représentativité réelle au point que notre représentativité électorale finit presque par l’excéder ! Comme depuis 2006, j’écris périodiquement à ce propos (mais sans tenir de « blog » comme d’autres s’y sont résolus) de courts textes critiques (que j’appelle mes « soties ») dont j’ai systématiquement envoyé copie aux responsables du Parti, à l’échelle locale, départementale et nationale, je ne reprendrai pas ici le détail de ce que j’y ai successivement énoncé, me contentant d’en rappeler l’inspiration générale.

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle de 2002 nous avait alertés. Le détachement populaire à l’égard de « la gauche » qui se trouva éliminée du second tour, le manifesta éloquemment. Dans les luttes sociales, le ralliement de nombreux militants, syndicalistes ou non, adhérents de formations politiques ou non, se rassemblant dans des formations spontanées ou transitoires, trop rapidement qualifiées de « gauchisantes » ou « spontanéistes » mais très présentes dans des actions collectives marquées par des formes exacerbées de résistance de classe, modifiait la réalité formelle des conflits sociaux. Parallèlement, sur l’autre versant de la physiologie politique, la poussée symétrique du lepénisme comme débordement démagogique et ambigu (qu’on qualifiera peu après de « populiste » plutôt que de « néofasciste », même dans notre quotidien, L’Humanité) traduisait une forme antithétique à la nôtre du rejet croissant du modèle de « démocratie représentative » incarné par la Cinquième république. Simultanément, la recherche systématique, de notre côté, du renforcement, voire du renouvellement, d’une union de la gauche et des écologistes, y compris, le cas échéant, jusqu’au sein d’un gouvernement de « cohabitation » associant de fait la droite et la social-démocratie, a contribué à dévaloriser notre fonction « tribunicienne ». En France comme souvent ailleurs, la même ambition de construction renforcée de l’Union européenne (Euro, BCE, Traité de Barcelone, etc.) associant la SD à toutes les formations de la droite bourgeoise, ne s’est réalisée qu’en contournant le rejet majoritaire en 2005 du projet de « constitution européenne ». Antérieurement, Hue n’avait pas craint de s’écrier que nous allions « dans le mur » ! En fait nous y sommes entrés de plein gré, payant comptant en 2007 la note de notre soumission de fait (cautionnée par notre insoumission en parole) au PS et à ses alliés stipendiés : à la présidentielle de 2007, le candidat issu du NPA rassemble trois fois plus de suffrages que la candidate communiste et la droite revancharde prend le pouvoir sans que nous n’ayons rien pu entreprendre pour installer un force de résistance quelconque dans le pays. Malgré le succès rapidement oublié au referendum de 2005, malgré la croyance où nous étions que notre bonne « implantation » dans les communes, départements et organismes sociaux, préserverait nos chances de voir « remonter » notre influence, nous avons subi une terrible défaite, au demeurant prévisible depuis le tournant du millésime, à la suite des effets de l’autodésagrégation du « camp socialiste » en Europe centrale et orientale ! L’heureuse initiative de construire en France un « Front de gauche » avec la perspective de lui donner une commune assise organique de base a permis de 2008 à 2012 de refaire surface en tant que force « communiste » à la française mais cela ne s’est pas fait sans que dans nos rangs, l’initiative de la direction d’alors du Pcf ne rencontre, aigreurs, sabotages et rejets… Je rappelle qu’ici, en Languedoc-Roussillon, le politicien aventurier qu’on tenait pour un « socialiste visionnaire ( !) », Georges Frêche, bénéficia du soutien, contre l’orientation extrêmement majoritaire des militants dans les fédérations du Pcf, d’une grande partie des élus communistes, notamment des plus influents. C’est alors qu’en prévision de toutes les échéances électorales à venir, ignorant souverainement le processus qui pointait en Europe de discrédit et même de décomposition de toutes les formations politiques relevant de l’Internationale socialiste, petits faits successifs qui sonnaient pourtant comme des avertissements, la direction recomposée du Pcf a imaginé de pérenniser, contre l’unicité de détermination du Front de gauche, la constitution d’alliances politiques de sommet, établies à la carte : ici, à Nantes, les communistes s’uniront donc contre la gauche écologiste radicale avec les adeptes socialistes (et même de droite !) autour du projet d’aéroport de N.-D.–des-Landes, là, à Grenoble ou en Lorraine, on se rangera derrière les notabilités socialistes qui boiront la tasse. Ailleurs, par exemple en Languedoc-Roussillon et à Nîmes, nous nous unirons avec les écologistes et les « mélenchoniens » contre les socialistes appuyés par des « dissidents communistes », mais à Paris, avec des socialistes majoritairement de « gauche » mais sans les précédents partenaires du Front de gauche devenus plus influents, donc rejetés sur la touche, etc. C’est ainsi que d’alliances aléatoires de sommet en mobilisations manquées, de retournements incompris soldés par de modestes bénéfices électoraux et accompagnés de raidissements doctrinaux inintelligibles, souvent qualifiés de résistance au « populisme de gauche » comme on a commencé à l’écrire, le Parti en est venu à ses dernières « palinodies » : d’abord se démarquer de Mélenchon (JLM), ensuite (fin 2015 !) aller jusqu’à envisager une « primaire à gauche », dans un premier temps avec n’importe qui, puis simplement « sans Hollande », enfin prétextant mezzo voce du fond caché des intentions supposées de JLM pour tenter d’éviter d’avoir à le soutenir, pour finir par rallier in extremis (automne 2016) sa candidature à la présidentielle de 2017 ! Terrible épisode, suivi, comme on devait s’y attendre des conséquences que chacun(e) est désormais en mesure de constater et d’encaisser chaque jour qui passe : pouvait-on faire plus mal ? Au regard de la longue durée comparée de nos existences respectives, nous avons évidemment payé la note la plus salée parmi toutes les formations dites « de gauche » que l’élection finale de Macron sur fond d’abstention de plus de la moitié des humains de plus de seize ans vivant en France qui sont évidemment restés sur le bord du chemin. Et dans ce qui est devenu, depuis, l’espèce de disparition médiatique du Pcf, nous apparaissons, « nous » le Pcf, aux yeux de toutes et tous les commentateurs (et peut-être des citoyen.ne.s !) comme la première victime expiatoire de la recomposition politique que nous analysons plus généralement dans la perspective du congrès à venir.

Je le crois profondément : c’est de cet affaiblissement organique et quasiment consenti de notre part que procède une bonne partie du succès populaire de JLM et lui donne le seul privilège de paraître aujourd’hui incarner le centre de l’« alternative à gauche ». Tout l’indique : les enquêtes d’opinion, l’expérience militante quotidienne, les ralliements qui se sont effectués depuis 2016-2017 à son bénéfice… Pouvons-nous oublier (ou simplement ignorer ou seulement ne pas reconnaître) que Mélenchon a su occuper un terrain symbolique et discursif qui n’aurait pas dû nous échapper si nous avions rompu les lances qui s’imposaient à partir de 1995 avec la social-démocratie post-mitterrandienne ? Trois exemples rétrospectifs que j’ai en leur temps évoqués dans mes soties, viennent à l’appui de cette réflexion :

a) Alors que les jeux olympiques de Pékin crevaient l’écran mondial, marquant d’un coup, la reconnaissance de la puissance nouvelle de la République populaire de Chine dans l’espace politique et économique planétaire, s’est développée en France une ignoble campagne anti-chinoise, prenant prétexte d’un soutien droit-de-l’hommiste au féodal réactionnaire tibétain que la presse occidentale dénomme le « dalaï lama » … En ce temps, le sinistre Ménard (devenu depuis le potentat fascisant de Béziers) s’en fit le propagateur en abusant de sa fonction de président d’un organisme professionnel de journalistes. Le Pcf (L’Humanité, surtout !) protesta, certes, mais avec ménagement car « la valise du socialisme à la chinoise » paraissait sans doute, à cette époque, bien lourde à porter quand on n’a les yeux de Chimène que pour l’allié social-démocrate européanisé et otanisé … Un seul homme politique français es-qualités, JLM, a pris la position courageuse et argumentée qui démonta, connaissances assumées et preuves à l’appui, le scénario « pro-impérialiste » de la propagande antichinoise : son texte a fait le tour du monde ! Et, en ce qui me concerne, je lui ai donné en ce temps-là toute la publicité qu’il méritait car il rappelait qu’avant d’être une « révolution communiste », la Chine pouvait de targuer d’avoir mis en échec (à quel prix humain ! et en moins d’un demi-siècle !) le fameux « break up of China » dont les perspectives juteuses avaient fait saliver les ambassades des « grandes puissances » de 1910 à 1949, mais plus après, malgré les crises phénoménales endurées par le peuple chinois et même si ce constat chagrine les héritiers de feu Mac Arthur, sommés désormais, Trump en tête, d’avoir à le reconnaître !

b) Qui a songé à la direction nationale du Pcf de se rendre à Moscou le 9 mai 2018, non pour cirer les pompes du Président Poutine mais pour dire aux anciens combattants russes et soviétiques la gratitude des hommes libres à l’occasion de l’anniversaire de la défaite des nazis ? Personne ! JLM., lui, l’a fait. Que je sache, le drapeau que l’on a érigé sur le Reichstag après la victoire de Berlin, était bien de couleur rouge et marqué de la faucille et du marteau ! Qui n’a pas été sensible parmi les communistes de cœur au geste de JLM ?

c) Quand le livre de JLM, Le hareng de Bismarck, a paru, la presse n’a cessé de dauber sur le « factum » « nationaliste (sic) », « populiste » (« de gauche », sic) que serait ce « pamphlet (sic) » … J’ai lu le livre et n’ai rien vu de ce qu’on en disait mais simplement re-découvert ce que je savais déjà, savoir que la prétendue prospérité allemande dont on gratifiait la politique de Madame Merkel résultait, depuis l’unification surtout, de la fourniture à bas prix de l’énergie produite par les centrales nucléaires et le charbon de l’ancien espace soviétisé puis remis aux normes occidentales, de l’exploitation sévère des travailleurs techniquement bien formés par le régime antérieur qui dominait en Europe centrale et orientale, puis de la requalification « Made in Germany » des produits industriels simplement mis aux normes et assemblés en Allemagne, exportés certes partout, mais primitivement construits par des travailleurs d’au-delà des frontières de l’Oder, de la Neisse et de la ceinture de Bohème … Et l’on apprenait de surcroît que la puissance de la première économie européenne consistait à exister, non pas appuyée sur une démographie galopante comme au cours du dix-neuvième siècle « pangermaniste », mais tout simplement pour sanctuariser une sorte de système rentier, garanti dans sa pérennité par la BCE aux ordres des tenants de l’hégémonie du ci-devant mark, et surtout en conséquence de la soumission des commissaires européens (notamment de Moscovici) aux trémolos de Frau Merkel ! En quoi cela pouvait-il être assimilé à un « populisme » comparable à celui qu’on prête, par extension scandaleuse du signifiant, à la néo-fasciste Marine Le Pen ? En aucune façon.

En évoquant ces épisodes concrets, suis-je le jouet complaisant de la supposée mégalomanie de Mélenchon ? Est-ce au « potentat », au « démagogue », que je me réfèrerais avec complaisance ? Non. L’homme politique que j’évoque ici est ce professionnel de la politique moderne, cet intellectuel avisé qui, ayant compris entre 2013 et 2015 que le Pcf s’était tellement compromis, tout en rechignant, avec le PS rocardisé puis hollandisé mais sans aucun résultat tangible (sinon, un peu, à Paris …), qu’il était devenu possible de prendre sa place de « formation politique alternative à gauche » et d’en changer la forme habituelle, précisément au moment où le PS, en même temps d’ailleurs que le parti des Verts, était en train de perdre son crédit total et de se déliter, y compris au niveau de ses représentations parlementaires ! Pour avoir appartenu au PS depuis le ralliement (intéressé) des anciens cadres trotskystes « lambertistes » au pouvoir mitterrandien, Jean-Luc Mélenchon était évidemment mieux en mesure que quiconque de sentir venir cette décomposition interne de la social-démocratie française. Tournant désormais à vide entre ralliement honteux au libéralisme destructeur et décisions incontournables imposées en conséquence des contraintes de la mondialisation qu’elle avait subies puis renforcées en Europe, la SD allait s’effondrer et se disperser. Je crois pouvoir dire que je l’avais aussi prévu ! Il suffisait à JLM de s’emparer des topiques communistes significatives en les transformant en surface pour se rendre maître du statut d’opposant principal au pouvoir des droites politiques et de la grande bourgeoisie cosmopolite. En se détachant de lui dès 2013 après l’avoir soutenu efficacement en 2012, le Pcf (donc sa direction nationale recomposée) lui a permis de réaliser sa prévision et d’incarner la figure de premier opposant au pouvoir macronien qu’il est incontestablement devenu aujourd’hui. En fin de compte, il est autant le résultat de nos propres palinodies que de ses initiatives propres, ainsi je l’écris périodiquement depuis 2013 dans mes cassandrettes successives.

Voici mes conclusions :

  1. Je ne demande la tête de personne. Je suis trop éloigné par l’âge, la résidence et, de surcroît, occupé par mes propres activités terminales, pour porter jugement sur les initiatives ou les responsabilités individuelles (centrales ou partielles) exercées par des dirigeants que, d’ailleurs, l’histoire antérieure de ma vie m’a fait souvent apprécier, respecter et quelquefois admirer. Mais je crois que la responsabilité collective de la direction sortante du Pcf est engagée et qu’elle devrait elle-même en tirer les conséquences pour permettre au Parti auquel j’adhère fidèlement depuis 66 ans de se mettre en mesure de reprendre la maîtrise de son propre destin de porte-voix du communisme, comme produit de l’histoire, pensée critique du présent et protagoniste des émancipations à venir, du moins si tel est le cas.
  2. Je souhaite que le débat préparatoire à la tenue du prochain congrès se fonde sur la base commune proposée portant le titre « Se réinventer ou disparaître ! Pour un printemps du communisme » car ce texte infiniment amendable et qui doit encore s’enrichir et s’approfondir me paraît être le seul qui soit susceptible de sortir le Parti de « l’ornière où il est enlisé » ainsi que l’ai écrit au début de cette contribution.

Claude Mazauric
Collorgues le 31 août 2018.

Une réponse sur “Claude Mazauric soutien le texte « Se réinventer ou disparaître »”

  1. Pour un nombre considérable de raisons parmi celles évoquées ci dessus, je ne suis plus adhérents du P »c »F. Si depuis 1997 il avait été possible de mener un débat de fond au niveau de celui que propose Claude Mazauric, certainement que des milliers d’adhérents d’alors y seraient encore et aurait fait que s’opère en son sein l’indispensable renouvellement générationnel et contribué à produire le fourmillement de pensées indispensable à la construction de la réflexion communiste .
    La responsabilité d’une direction arc boutée sur sa stratégie d’alliance avec la social démocratie et son immersion dans la logique de l’UE a fait que maniant mise à l’index, stigmatisation, voire ici ou là injures a interdit ce débat.
    Trop tard pour envisager une quelconque jonction avec le mouvement populaire. En politique on ne prend jamais de retard, on se trompe et c’est pour cela que seule l’éruption d’une nouvelle force anticapitaliste reste possible pour les plus déterminés.
    Le Texte de Claude Mazauric même s’il ne rencontre pas mes nombre de mes attentes a le mérite de poser le débat dans des termes où la dispute (au sens d’échange contradictoire) est possible. Ce n’est pas son moindre mérite.

    Gy Hervy
    adhérent de 1968 à 2002 avant d’avoir été purgé, avec des centaines d’autres militants d’entreprises, par la direction parisienne du devenu P »c »F.

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